Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 16.djvu/88

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Donc il n’est pas exact de laisser supposer, — et c’est parfois l’impression que produit, sans le vouloir, le livre si instructif de M. Allier, — que le mystère de la Compagnie du Saint-Sacrement eût forcément pour cause, soit je ne sais quel goût malsain des manœuvres policières et de l’intrigue clandestine, soit, dès les débuts de la Compagnie, la peu évangélique convoitise d’une domination irréalisable autrement que par des moyens souterrains. Ce mystère était la conséquence logique de son dessein, la condition nécessaire de son action. Se croyant « formée par un coup de la divine Providence pour être un surveillant perpétuel à tout ce qui se passait et à tout ce qui pouvait contribuer à la gloire de Dieu [1], » elle ne pouvait, autrement que dans l’ombre, remplir cette vocation singulière auprès des « deux puissances » qu’elle devait inquiéter et importuner, l’une et l’autre, pareillement. C’était, uniquement, en se cachant qu’elle pouvait agir ou même conseiller, sans paraître ni « blesser les magistrats et entreprendre quoi que ce soit sur leur autorité légitime, » ni « faire injure à la diligence pastorale [2] » des ecclésiastiques. Il fallait qu’elle fût secrète, ou qu’elle ne fût pas, ou qu’elle ne fît rien.

Reste à savoir si elle avait de valables motifs de vouloir tout ce qu’elle voulut, et d’aborder, dans la France catholique du XVIIe siècle, cette œuvre universelle et énorme que nous avons vu qu’elle exécuta en partie. De même que son secret, son existence se peut-elle expliquer historiquement ?


ALFRED REBELLIAU.

  1. D’Argenson, p. 189, 138, 39.
  2. Gilles de la Tourette, ouvrage cité ; Vie de Bourdoise (1784) p. 149, sq.