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Leurs agitations indiscrètes, l’impertinence de leurs propos, leurs bravades perpétuelles, les railleries que leur suggéraient les mœurs simples, un peu primitives, des Savoyards, ne pouvaient que déplaire à ceux qui en étaient les auditeurs, les témoins et les victimes. Au bout de quelques semaines, la population de Chambéry, bourgeoisie et peuple, en était lasse à l’excès, s’impatientait de la présence de cette société si bruyante, si dédaigneuse, si peu mesurée dans sa conduite et ses paroles. Des faits regrettables que mentionnent les histoires locales ne tardèrent pas à ajouter à cette irritation des élémens nouveaux. Les mécontens rendaient la noblesse du pays responsable de tout ce qui les irritait. Il y avait fréquemment des rixes. Presque toutes tournaient contre les sujets Savoyards traités en rebelles par les représentans de leur souverain, alors qu’ils croyaient le droit de leur côté. Jusque dans les différends d’ordre privé, qui s’élevaient entre les émigrés et les habitans de Chambéry, la partialité des autorités royales s’exerçait au profit des premiers.

L’exaspération ne tarda pas à succéder au mécontentement des premiers jours. Des plaintes furent adressées non seulement à Turin où elles étaient à peine écoutées, mais encore à Paris où un accueil meilleur les attendait et où elles convainquirent le gouvernement français que la Savoie était devenue un nid de contre-révolutionnaires, l’asile de ses pires ennemis, avec le consentement du roi de Piémont.

Il n’y a pas plus lieu de s’attarder à ces incidens que d’en narrer par le détail divers autres qui suivirent et les aggravèrent. Il suffira de dire qu’ils avaient eu pour effet de créer, entre la France et la Cour de Turin, une situation qui menaçait déjà de ne pouvoir plus se dénouer sans coup férir. L’irritation à Paris était d’autant plus vive qu’à Lyon et dans plusieurs départemens du Midi, grondait un vent de révolte et que les émigrés rassemblés à Turin, à Nice, à Chambéry, à Annecy et sur d’autres points du territoire italien, avaient la main dans les complots dont la police révolutionnaire recherchait les auteurs. Au commencement de 1792, la diplomatie française étant impuissante à obtenir les satisfactions qu’elle exigeait, c’est-à-dire la cessation des armemens auxquels se livrait le roi de Piémont et la dispersion des rassemblemens qui s’étaient formés dans ses Etats, il n’était plus d’autre issue que la guerre.

On y préluda, dès le mois de mai, par la rupture des relations