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après avoir reçu les adieux du colonel, pour chercher un refuge en Piémont.


IV

Au commencement de septembre, le général de Montesquiou était prêt pour une action décisive. De l’armée qu’il commandait, il avait formé trois corps. Le premier occupait le département de l’Ain sous les ordres du général d’Oraison et gardait le cours du Rhône ; le second, commandé par le général d’Ornac, occupait la partie du département de l’Isère qui touche à la Savoie et les bords du Guiers ; le troisième établi dans la vallée du Graisivaudan, avec le général Rossi pour chef, s’étendait sur la frontière depuis Allevard jusqu’à la Grande-Chartreuse. Une légion formée à Grenoble et dite des Allobroges devait appuyer la manœuvre de ces troupes ainsi disposées.

Retardé durant plusieurs jours par les accusations aussi injustes qu’intéressées dont était l’objet à Paris le général de Montesquiou, l’ordre de se mettre en mouvement ne lui arriva que le 10 septembre. La nécessité d’assurer la communication de ces corps entre eux l’obligea à en retarder l’exécution. Après d’insignifians engagemens d’avant-garde, ce fut seulement le 21 septembre, à minuit, que de Chapareillan où se trouvait le maréchal de camp Larocque avec quelques compagnies de grenadiers, de chasseurs à pied et de dragons, après s’être fait précéder d’une proclamation destinée à rassurer les habitans de la Savoie et avoir exigé de ses troupes le serment de respecter les citoyens désarmés et les propriétés, Montesquiou ordonna la marche en avant. Elle avait pour objectif immédiat d’enlever les redoutes dressées à Montmélian et dans la vallée de Chambéry et de couper la retraite à leurs défenseurs. Dans l’obscurité et sous un violent orage, les troupes commencèrent à avancer.

On voudrait pouvoir célébrer ici l’héroïsme piémontais et, à travers les péripéties de la brève campagne qui nous livra la Savoie, trouver à citer quelques-uns de ces glorieux faits d’armes d’où a tiré son immortalité le nom des vaillans qui, ailleurs et en d’autres temps, ont vendu leur vie en disputant le sol natal aux envahisseurs. Mais, rien de pareil ne peut être rappelé dans l’histoire que nous résumons. Comme s’ils eussent reconnu que la Savoie était conquise d’avance, les généraux chargés de la