Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/595

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considéraient « comme des frères et des libérateurs. » Aux portes de la ville, un homme de la garde bourgeoise cria : Qui vive ? La troupe répondit : Citoyens français, hommes libres. Là se trouvait une délégation du Conseil municipal. Elle présenta à Montesquiou les clés de la cité sur un plateau d’argent. Celui de ses membres qui parlait au nom de tous, déclara « qu’ils étaient pleins de confiance dans les décrets et les promesses d’une grande nation. Ils ne se regardaient pas comme un peuple conquis, mais comme les premiers à porter le témoignage de la générosité de la France. Ils invoquaient avec sécurité sa protection sur la propriété et la sûreté des habitans sans distinction. »

A l’Hôtel de ville où le général s’était rendu avant d’aller établir son quartier général à l’hôtel d’Allinges, se présentèrent toutes les autorités, des députations de diverses villes de Savoie, les notabilités du pays. Il les retrouva le même jour au banquet qui lui fut offert, tandis que les maisons s’illuminaient et que par des chants et des danses, la population manifestait l’enthousiasme avec lequel elle se donnait à la France. Le lendemain, le Sénat était confirmé dans ses pouvoirs et autorisé à rendre la justice suivant les lois du pays « jusqu’à ce que le peuple souverain ait déclaré sous quelles lois il veut vivre. »

Ainsi, tout s’était passé de manière à donner confiance au peuple conquis. Mais, dès ce moment, le pays va s’ouvrir aux mœurs révolutionnaires. Des mains entre lesquelles étaient restées jusque-là les influences locales, elles passeront rapidement dans celles d’hommes imbus de l’esprit jacobin. Une société populaire est organisée sur le modèle de celles qui existent dans la plupart des communes de France. Elle ne tarde pas à devenir l’émule du club des Jacobins de Paris. Sur la place Saint-Léger, transformée en place de la Liberté, un corps de garde qui s’y trouvait est démoli par la foule. Elle voit dans sa démolition un symbole de celle de la Bastille. On plante un arbre de la Liberté là où il s’élevait ; les portraits du roi de Sardaigne, des princes et princesses de sa famille sont brûlés au bruit des applaudissemens et des cris patriotiques. Des citoyens se montrent vêtus de la carmagnole et coiffés du bonnet rouge. Le Ça ira retentit dans les rues. Le régime des assignats est établi ; en attendant qu’on en déclare le cours forcé, les gens sont invités à les recevoir au même titre que la monnaie d’or et d’argent. Ces événemens, qui