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racontera plus tard le prince ; j’étais là à seize et à dix-huit ans. Je passais des mains de mon gouverneur aux leçons d’un professeur nommé Simond, plus tard devenu célèbre terroriste et qui a péri en passant par le tribunal révolutionnaire. J’ai donc été élevé dans les clubs. Ma chambre était voisine de la chambre de Simond, qui était le rendez-vous des Jacobins de la ville. Les discours et toutes les paroles qui se proféraient dans cette chambre arrivaient jusqu’à moi. J’entendais tout et je compris ainsi toute l’horreur des doctrines révolutionnaires [1]. »

Le zèle que mettait à les propager Philibert Simond méritait une récompense. Elle ne lui fit pas défaut. Déjà président du club des Jacobins de Strasbourg, ayant prêté le serment prescrit par la Constitution civile du clergé, il fut nommé vicaire général du diocèse du Bas-Rhin et, en 1792, élu par ce département député à la Convention nationale. C’était la voie ouverte à toutes ses ambitions et la quasi-certitude du plus brillant avenir. Voilà quel personnage la Convention restituait à la Savoie, tel un don de joyeux avènement.

Il était à Chambéry le 6 octobre avec ses collègues. Le même jour, une proclamation des représentans du peuple invita toutes les communes à désigner chacune un délégué, qui serait chargé d’exprimer leurs vœux. Du 8 au 14, les communes procédèrent au vote et sur six cent cinquante-cinq, plus de six cents se prononcèrent pour la réunion à la France. Le 21, dans la cathédrale de Chambéry, les délégués se déclarèrent Assemblée nationale sous le nom d’assemblée des Allobroges [2], et prêtèrent le serment « d’être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en les défendant. » Le 24, toutes les autorités du pays vinrent, à la suite du Sénat, abdiquer leurs pouvoirs dans les mains des élus du peuple « dépositaires de sa souveraineté ; » le 26, l’assemblée reçut la soumission de l’évêque de Chambéry, qui l’assura de son zèle « à maintenir les vrais principes de la religion et le respect des lois ; » le même jour, elle engagea les sociétés populaires qui s’étaient créées de toutes parts « à veiller sur les intérêts de la patrie, à dénoncer les machinations et les efforts tendant à égarer l’opinion ; » elle déclara

  1. Propos tenus par Metternich au publiciste Poujoulat, lors d’une visite que celui-ci lui fit à Vienne en 1852, cités par le cardinal Billiet.
  2. Les procès-verbaux des séances de cette assemblée existent aux Archives de Chambéry.