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et de devenir plus pressans. Il se fût reproché de l’y exposer sans nécessité. Brusquement, ses dispositions se modifièrent, lorsque lui parvint la nouvelle du décret prononcé par l’assemblée des Allobroges contre les émigrés et qui confisquait les biens de tous ceux qui ne seraient pas rentrés dans un délai de deux mois.

Il n’est pas douteux que la crainte d’être dépouillé des propriétés que sa femme lui avait apportées en dot n’ait été alors plus vivement ressentie par lui que l’appréhension de la voir elle-même courir les risques que lui créeraient en Savoie, si elle y retournait, sa naissance, son rang, sa jeunesse, le nom qu’elle portait et les souvenirs qu’il rappelait. De même, on peut affirmer, en s’autorisant de la conduite qu’elle y tint, dès son retour, que, loin de combattre les dispositions nouvelles de son mari, elle les encouragea. Il lui suffit d’ailleurs d’invoquer la nécessité de sauver à tout prix le patrimoine de leurs enfans comme la part de biens qui appartenait à sa sœur.

Ce sauvetage, elle seule pouvait l’opérer, son mari étant hors d’état, sous peine de se déshonorer, d’abandonner le service du Piémont. Le retour de la jeune femme fut donc décidé ; il le fut d’un commun accord. La décision prise, elle n’eut de cesse qu’elle ne l’eût exécutée. Le délai accordé aux émigrés pour rentrer expirait le 26 décembre. Les époux jugèrent inutile d’attendre son expiration. Dans les derniers jours de novembre, ils se séparèrent, sans savoir quand ils se retrouveraient, le comte très attristé, souhaitant et espérant leur réunion prochaine, Adèle, toute à la joie, n’ayant en vue que les satisfactions qu’offrait à sa pensée sa liberté reconquise et se promettant sans doute de prolonger son équipée le plus qu’elle pourrait. Aurore accompagnait sa sœur. Quant aux enfans, ils restaient à la garde du mari, qui ne tint peut-être à les garder qu’avec l’espoir qu’ils ramèneraient plus promptement leur mère auprès de lui.

Le 1er décembre, Madame et Mademoiselle de Bellegarde, devenues les citoyennes Bellegarde, étaient à Chambéry. Les documens nous apprennent qu’elles se présentèrent à la municipalité ce jour-là afin d’y faire constater leur rentrée en Savoie. Elles déclarèrent qu’elles entendaient y vivre désormais en bonnes Françaises, soumises aux lois de la République.

— Et votre mari ? demanda-t-on à Adèle.

— Mon mari est absent ; je ne sais où il est. J’ignore ses