Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/607

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liaison de la comtesse de Bellegarde avec Hérault de Séchelles ne peut être niée, ce qu’on a dit des rapports de Philibert Simond avec Aurore est sans fondement On le voudrait d’autant plus qu’on ne peut, sans révolte, se figurer cette adolescente de seize ans, presque une enfant, sous le charme de ce défroqué de trente-huit, en qui n’avaient jamais brillé les vertus du prêtre, et qui conservait dans sa personne, ses manières et ses sentimens, les basses apparences d’un rustre sans éducation, doublé d’un politicien pourri de vices, dévoré d’ambition et dépourvu de toute élévation d’âme.

Peut-être même serait-il juste de rappeler qu’on ne le voit qu’à ce moment dans la vie d’Aurore ; qu’on ne l’y retrouve plus dans la suite, et de faire bénéficier cette jeune fille de l’absence totale de preuves propres à confirmer ce que le cardinal Billiet nous a dit d’elle en une page où il est possible que la légende ait eu plus de part que la vérité. Lorsque le vénérable prélat rédigeait ces lignes accusatrices, soixante et dix ans avaient passé sur les faits qu’elles rappellent. Ces faits, il ne les avait pas vus ; il ne les connaissait que par ouï-dire, et on constatera bientôt qu’en plus d’un point, il les a confondus et dénaturés. Il se peut donc qu’Aurore ait été victime d’une calomnie. Mais, il faut reconnaître que cette calomnie, personne plus qu’elle-même n’a contribué à l’accréditer et à la répandre, ne serait-ce qu’en s’affichant publiquement avec Philibert Simond, comme sa sœur s’affichait avec Hérault de Séchelles. Leurs rapports étaient si peu cachés qu’elle y gagna de n’être plus appelée que la Simonnette.

Au surplus, il n’y a pas lieu d’insister sur ce pénible incident d’une existence où, par la suite, rien de pareil ne paraît s’être produit et qui pourrait braver la calomnie si le tendre dévouement que Mademoiselle de Bellegarde ne cessa de témoigner à sa sœur ne l’avait trop souvent associée aux faiblesses de celle-ci. Elle en fut la confidente et le témoin ; elle les approuva par sa présence. Il semble bien que ce fut là sa plus grande faute. A cette heure, elle n’ignorait rien des relations d’Adèle avec le séduisant Hérault de Séchelles, qu’il faut s’essayer maintenant à mieux faire connaître en remontant à ses origines et à son passé.


ERNEST DAUDET.