Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/616

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hiératiques, les vieux monstres d’Indo-Chine, à ciseler l’argent, à s’endormir par terre au son monotone des gongs rythmant, la nuit, sous les toits de paille, les danses assoupissantes et figées. Il faut s’approcher des bonzeries cachées dans les palmes où la jeunesse masculine de la race est moins attentive qu’autrefois à venir s’acquitter du stage religieux prescrit par la coutume, à prendre pour un an ou deux les voiles orange des saints mendians bouddhistes. Il faut fréquenter les pagodes, ces foyers où, depuis deux mille ans, la vie spirituelle de ce peuple est venue s’alimenter ; mais aujourd’hui le doux bourdonnement des prières n’est plus guère entretenu que par les femmes et les pauvres pèlerins des campagnes. A constater ici la triste désagrégation, sous l’influence étrangère, d’un type, d’une société, des croyances qui les développèrent, comme on comprend la méfiance systématique où le Transvaal s’est obstiné contre les uitlanders, comme on admire le profond instinct d’un petit peuple viril, qui plutôt que de voir fondre ses élémens originaux dans le flot soudain d’une tourbe cosmopolite, a choisi de tirer l’épée contre un empire ! Mort pour mort, il a mieux aimé la violente, l’honorable que l’ignoble, par décomposition lente, après inoculation massive du microbe uitlander.

Ici l’uitlander a triomphé, et bien autrement que dans l’Inde, qui résiste par ses nombres énormes — comme depuis tant de siècles ! — à l’envahisseur. En Birmanie, la civilisation nationale n’était suffisante, ni par sa masse comme dans l’Inde, ni par sa qualité comme au Transvaal et, à peine l’Européen installé, le principe ordonnateur de ce monde a fléchi : les disparates, l’incohérence, le charivari des idées et des styles, ont pris la place des rythmes anciens. Sur les pas de l’Anglais arrivèrent le Chinois, puis l’Hindou, races avides ; le premier industrieux, commerçant né ; l’autre, surtout s’il est de basse caste, d’avance résigné aux patientes ou viles besognes. En même temps l’Européen, poussant ses chemins de fer comme des tentacules à l’intérieur du pays, le fouillait, en drainait la substance, et, jeté par les steamers sur le marché du monde, le riz montait à des prix inconnus. Dès lors, la concurrence lointaine des consommateurs d’Europe lui disputant sa nourriture, la concurrence des races immigrées avilissant se profits, le pauvre Birman devait languir. Ce dévot, cet artiste, ce prodigue apprenait enfin la dure loi du combat pour la vie. C’en est fait des spirituels loisirs, des fleurs