Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/13

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je ne sais quand tout cela vous arrivera. Je désire que M. Ducloux paie le port et je lui en ferai tenir compte ; en un mot, je ne veux pas que M. Lèbre, dont le lot est le principal, paie rien.

« Il me tarde d’avoir la nouvelle et le Chant de l’Épée [1] et tout ce que vous y joindrez ; vous m’avez parlé d’un travail qui vous occupait et que je verrais : qu’est-ce ?

« Quel bonheur n’aurais-je pas eu de me trouver avec vous (en vous supposant sans souci grave) dans votre excellente famille d’Eysins, dans cette vie saine et moralisante par tous les pores. C’est de cela que j’ai bien besoin ; la maladie est là. Un jour pourtant, je ferai avec vous ce séjour, mais sera-t-il toujours temps d’en profiter et d’en jouir ? Vous voyez quelles tristesses m’échappent, chère Madame et amie, comme s’il n’y avait de vertu, de bonheur possible que dans la jeunesse ; c’est là ma grande erreur à vaincre ; vous deux, jeunes de cœur et de tout et heureux malgré tout, vous n’êtes pas tout à fait un exemple propre à me réfuter.

« Offrez mes respects à toute la famille d’Olivier, à son frère, sa mère, à tous et particulièrement à M. Urbain, que je connais. A Aigle, je n’ai pas besoin de vous dire mes commissions du même genre. Tendresses à M. Lèbre, à qui vous écrivez sans doute, baisers aux deux enfans, amitiés pêle-mêle aux amis qu’on rencontre ; je me reproche d’avoir oublié l’autre jour Mlle Frossard dans mon catalogue homérique à Mlle Herminie.

« Vous n’êtes pas à Eysins sans doute ; mais, où que vous soyez, j’ai peur que vous fassiez un petit voyage inutile et sans trouver de lettre ; et celle-ci partira dès aujourd’hui, — mais il faut bien vous mettre dans l’esprit que les lettres mettent au trajet un jour de plus toujours que ce que vous vous figurez ; surtout en venant de Lausanne ici.

« Pardonnez-moi, chère Madame et amie, embrassez pour moi Olivier ; tenez-moi bien au fait de la tactique de Fabius de la commission.

« Recevez les hommages du cœur. »

  1. Ce Chant de l’Épée que Sainte-Beuve demanda à plusieurs reprises à Juste Olivier est du poète allemand Körner, qui l’écrivit sous le titre de Schwertlied, la nuit même de sa mort. C’est un très beau dialogue entre un cavalier et son épée, et la traduction littérale qu’en a faite Juste Olivier donne bien l’impression de l’original. Je ne vois pas cependant que Sainte-Beuve en ait tiré parti. La seule chose qu’il ait imitée de Justin Körner, c’est le sonnet publié au tome II de ses Poésies complètes, p. 505, éd. Calmann-Lévy.