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Savez-vous (comme biographie) que ses belles élégies brûlantes sont pour La touche, le loup de la vallée, dont elle ne s’est pas encore réveillée, dit Guttinguer ?

« Je vous parle au long de cela, mes chers amis, et à vous surtout, chère Madame, parce que ç’a été un grand trouble dans ma vie, il y a quinze jours, et que j’ai bien participé à cette angoisse.

« Au même moment, Mme de Simonis qui prend vivement les douleurs de ses amis, recevait la sienne, et une lettre de Bruxelles lui apprenait que son vieux père n’était pas du tout bien ; une de ces lettres qui semblent vouloir préparer un deuil tout accompli. Elle allait partir pour y passer trois semaines ; elle part en poste deux jours plus tôt, un jour avant Mme Val-more, qui n’avait plus de gîte et, ayant rendu son logement, arrivait pour coucher chez elle. Vous jugez de la complication des douleurs. Votre lettre arrivant sur ces entrefaites m’a paru combler l’augure par les craintes qu’elle exprime sur votre situation. Pourtant, ayons espoir ; déjà Mme de Simonis est hors de peine ; son vieux père est en convalescence et elle a passé d’un désespoir de quarante-huit heures au délire de la joie. L’augure reprend meilleur cours, oh ! que votre prochaine lettre le vienne confirmer.

« Depuis bien des jours, je vis seul, au travail ; à part quelques visites à Mme de Tascher, à Mme Veyne [1], je ne vois personne ; la voix n’est pas bien revenue, et il y a là faiblesse décidément et ressort blessé.

« J’ai reçu enfin les livres, et j’en vais faire usage. J’ai parlé à Buloz du projet de Souvestre sur M. Vinet, et il doit le lui rappeler. Je dois un remerciement à M. Monnard, à qui j’écrirai pour son article si amical qui a paru dans la Revue du Nord. Vous aurez, si vous êtes à Lausanne, d’ici à quelques jours, la visite de M. Michelet ; je n’ai pas hésité à l’adresser à Olivier ; c’est un homme distingué, bon, avide de savoir, et qu’on n’a qu’à se féliciter de connaître quand on n’a pas d’article à écrire sur lui : il vous intéressera, il a bien de l’esprit sous son emphase. Je voudrais bien répondre aux questions morales de Mme Olivier, mais il m’est difficile de le faire autrement qu’en redisant : Mes chers amis, vous avez tout mon cœur.

  1. Femme du docteur Veyne, qui soigna Sainte-Beuve jusqu’à sa mort et fut un de ses meilleurs amis.