Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/20

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venu à ne désirer rien, sans être plus content du présent : belle sagesse ! Si par suite de ce concours manqué, vous vous trouviez libre, où iriez-vous ?… est-ce en Allemagne ? Oh ! un coin où l’on puisse vivre, non sans affection, en joignant toutes les ressources de l’étude et de l’intelligence avec les privilèges de la solitude ; mais ce pis aller là, que je rêve, ce n’est pas moins qu’un Paradis, et c’est trop pour qui doit mourir.

« Et comment êtes-vous, chère Madame et amie ; vous me parlez de vos inquiétudes, et Olivier me parle des secousses sensibles que cela vous a données ; il faut tâcher d’être plus forte. Parlez-moi un peu vous-même de la situation et de ce que vous en augurez. J’ai besoin d’un peu plus long de votre écriture pour reprendre goût à toutes choses. Je vous écris ces maussaderies le dimanche matin, de mon réduit sous les toits d’où je vois d’autres toits et des derrières de maison ; la pluie tombe et refroidit le temps ; comme je n’ai plus mes babouches, j’ai fourré mes pieds dans une couverture, ce qui prouve moins le froid du temps que mon peu de chaleur de sang. Telle est ma perspective en mon lac d’ici ; vous voyez les misères.

« Adieu, mille baisers aux deux Billon Billou [1] ; si vous êtes encore à Eysins, offrez mes amitiés à M. Urbain, et mes respects à tous. Tendresses à M. Lèbre, félicitations à M. Espérandieu. Il me coûte de supprimer tant de noms qui me reviennent, et, au risque de commencer au bas d’une page un catalogue, je mets presque au hasard (et en prenant à même du cœur) Mme Hare, Mme Forel, M. De Brenles, les Vinet, M. Scholl, Diodati, M. Manuel (si impertinemment traité par M. Cousin, avez-vous lu le Semeur du 18 juillet ? ) M. Ducloux, Péclard, Monnard,

  1. Petits noms des enfans Olivier. Billou était peut-être la corruption du mot bijou. (Note de Mme Bertrand.)