Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/31

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de Paris, en vue de la question historique, animé d’un sentiment patriotique et surtout moral ; écrivez cette Vie de Plutarque pour nous tous ; je réponds que l’intérêt serait général, et le succès d’ici retournerait aider le patriotisme de là-bas.

« Il faudrait me donner toute votre chanson ; j’avais demandé à Mme Olivier un Chant de l’Épée qu’elle ne m’a jamais envoyé, à moins qu’il ne soit chez Risler où je n’irai prendre le paquet que demain.

« On est ici fort dans la stagnation ; le prochain événement littéraire, mais qu’on attend assez patiemment, est le drame de Hugo à ce nouveau théâtre, ce sera d’ici à quinze jours environ. Lamartine est toujours à Saint-Point d’où il a envoyé à Gosselin trois à quatre mille variantes pour son Ange déchu, lesquelles variantes le susdit Gosselin distribuera au hasard et le livre sera corrigé. Lamennais est toujours à Paris, vivant dans une chambre de garçon, rue de Rivoli, et pouvant méditer tout à son aise sur la ruine des renommées ou du moins des influences. On me citait de lui l’autre jour un trait qui le peint, lorsqu’il était encore à La Chesnaie. Il voulait se faire un cachet : Un chêne re éclats brisé par la foudre avec cette devise : Je romps et ne plie pas. Mme Dudevant vient de partir pour les îles Baléares, emmenant son fils qu’on dit délicat de poitrine, mais conduite par l’ex-ministre espagnol Mendizabal ?

« La plus grande nouvelle du jour est l’apparition d’une nouvelle actrice tragique au Théâtre-Français, Mlle Rachel, juive : on y court avec fureur, et Racine est plus que jamais applaudi.

« Je voudrais vous dire d’ici quelques nouvelles recréantes, sans trop vous parler de moi qui suis dans l’insipidité, et dans les brouillards d’une vie sans horizon : mais il faudrait inventer pour cela. Marinier nous arrive de Laponie, par malheur nous le garderons peu, car il est nommé professeur de littérature étrangère à la faculté de Rennes. Je vous ennuierais si je vous faisais la liste de toutes les personnes de Lausanne ou d’Aigle dont le nom me revient et auxquelles je voudrais distribuer un bonjour : il est bien triste d’éprouver que le temps et l’éloignement font pour les groupes amis ce qui a lieu également pour la perspective à mesure qu’on laisse le rivage : on discerne toujours par la pensée, mais l’expression confond et abrège. Du moins, vous qui êtes mon seul point essentiel et de repère, distribuez autour de vous immédiatement mes plus tendres souvenirs