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du milieu des orangers : cela donne regret vraiment de ne plus l’aimer. Elle est avec le pianiste polonais Chopin qui règne, avec Mickiewicz, prenez garde à ce point-là. Noble poète, il en est encore sur son compte à la foi, à l’amour : je n’en suis plus qu’à l’admiration, mais il ne faut jamais blesser l’amour.

« Au reste, vous l’aimez tous un peu, surtout Olivier, et moi un petit encore, cela pourrait bien être.

« Je dînais l’autre jour chez Mme de Jussieu avec M. Hollard, et à propos de la décision de la commission de Lausanne concernant Olivier, je suis entré dans une grande colère qui revenait à M. de Felice, et à toutes les étroites cervelles. Je n’ai pas eu l’air de savoir à qui cela allait et j’en ai dit d’autant plus.

« J’apprends de Mme de Tascher tout à l’heure que Mickiewicz a dû accepter ; elle lui avait déjà fait dire (d’elle seule) le nom de Mme Olivier, et que c’était une personne aussi bonne que spirituelle et que charmante en tout : je ne fais que répéter les paroles. Vous voyez qu’elle a bien réellement passé à Lausanne et qu’elle s’en souvient. Il paraît que Mme Mickiewicz va mieux et qu’elle a pu se promener avec son mari aux Champs-Elysées : comme c’était le lait qui la rendait ainsi folle, il y a de la ressource et dérivation possible.

« Mille tendresses à Olivier et à la maison, aux deux petits, à Lèbre, à M. Ruchet, à sa femme, à Mlle Sylvie entre toutes, à Mlle Frossard que je n’oubliais pas non plus que son frère, mais que je croyais hors de portée, à M. Urbain, enfin à MM. Vulliemin, Scholl, Vinet, Monnard, Péclard, Ducloux, les Espérandieu, Reynier, Durand, Gindroz, pas de dames en détail pour aujourd’hui.

« A vous de cœur et de respect, chère Madame,

« SAINTE-BEUVE. »

Paris, le 19 décembre 1838.

« Madame et amie,

« Rien d’ennuyeux comme les lettres qui se croisent, aussi j’aurais bien voulu en recevoir une de vous avant que celle-ci n’allai croiser sa correspondante qui est sans doute en chemin dans ce moment. Pourtant il me semble que c’est trop attendre comme cela. — J’ai vu depuis ma dernière M. De La Harpe ; j’ai reçu par lui le mot d’Olivier et tous vos obligeans messages. Je