Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/40

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dîne ce soir avec lui chez Pinson en tête à tête, pour causer un peu à fond des indications qu’il désire et dont en effet on a fort besoin ici.

« Votre dernière lettre, Madame, s’il m’en souvient bien, est assez triste et légèrement grondeuse. Il ne faut pas trop accuser mon ami Marmier d’abord : il y a plus de plaisanterie que de vérité dans ce dont je l’ai chargé devant vous. Je le vois même à peine maintenant qu’il paraît installé ici pour l’hiver, et que tout est rentré dans l’ordre accoutumé.

« Je n’ai pas eu de nouvelles plus précises de Mickiewicz. Hier, j’ai rencontré son compatriote le prince Czartoryski qui ne m’a pas assuré qu’il eût accepté encore : il en serait temps toutefois ; ma lettre, à lui, était positive et pressante. — La lettre de M. Vinet à M. Manuel m’a bien touché : quel excellent pays, quel regrettable asile que celui où les gens de talent sentent et vivent ainsi !

« J’entrevois que ma demande sur les vers de Monneron a paru un peu indiscrète, et je sens le besoin de la répéter pour vous montrer qu’elle ne l’est pas. En réimprimant, je ne sais plus quand, au reste, cet article sur M. Vinet, j’y rencontre le nom de Monneron ; il m’est impossible de n’y pas ajouter un mot sur sa mort ; les vers que je cite de lui dans l’article sont inférieurs à son mérite ; quoi de plus naturel que je désire y joindre une pièce admirable, un petit chef-d’œuvre de sentiment et d’imagination, A vous, rien autre chose ? Si la pièce doit paraître dans ses œuvres, je ne fais que la mettre d’avance ; si le recueil ne paraît pas, je la sauve. Voilà mon excuse, si j’en ai besoin, pour avoir parlé de cela.

« Ce 20. — Un retard de ma lettre fait que je reçois la vôtre du 15. Je me hâte décrire à Mickiewicz, mais il est dans l’illusion sur sa femme : elle est aussi folle que jamais, et il la traite comme une personne raisonnable. Je le presse, mais il n’aura peut-être pas le temps d’écrire le programme.

« Je vais m’informer sur M. Hollard : mais je n’en saurai guère plus que je n’en sais ; c’est un homme instruit dans certaines branches spéciales de l’histoire naturelle. Son plus grand inconvénient, à mon sens, est de voir partout les causes finales, et d’étudier les insectes ou autres animaux, en vue continuelle de Dieu et du christianisme. Le microscope solaire et ses merveilles lui paraissent comme à M. Heutsch de Genève une