Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/42

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


omis, de vouloir bien présenter mes souvenirs respectueux et reconnaissant à M. de Breules. »

23 décembre 1838.

« Comment vous dire assez vivement combien je suis touché de ces attentions nouvelles et si imprévues, quoique je m’attende à tout ce qui est amical et bon de vous, Madame ; me voilà tout en fleurs sans que je sache pourquoi, sinon que vous l’avez voulu. Est-ce que c’est à cause de la veille de Noël ? Est-ce que vous avez deviné que c’est aujourd’hui même mon jour de naissance, le 23 ? Si vous ne le savez pas, voyez quelle rencontre singulière, et où vous avez été planter le bouquet. Ma vie, bien que si peu heureuse en général, en est bien heureuse aujourd’hui, elle le sera toujours toutes les fois qu’elle s’approchera de votre foyer si ami, toutes les fois qu’elle regardera de ce côté si uni, si profond, si sûr, et qu’elle en recevra de tels parfums ou qu’elle en entendra les deux voix [1] n’en faisant qu’une, ou que simplement, comme il nous arrive quelquefois le soir, elle restera là immobile et silencieuse à côté de votre silence qui rêve et de votre âme qui s’oublie.

« SAINTE-BEUVE. »

Mercredi, 26 décembre 1838.

« Mes chers amis,

« Je voudrais avoir grande joie au cœur pour vous offrir quelque bouquet de jour de l’an ; si j’étais près de vous, comme Tan dernier, je ne serais pas embarrassé, votre joie serait la mienne, et je vous porterais le bouquet cueilli chez vous. Mais ici, dans cette vie de fatigue et de dispersion, ou de retraite hargneuse, dans cette vie sans solennité domestique, surtout pour les gens qui errent comme moi, où sont les fleurs ? où sont les sourires, sinon ceux que vous donnent les amis heureux ? et pour cela, il faudrait les voir, et être à portée de leur journée radieuse. Ainsi donc, placez-moi auprès de vous dans cette journée de l’an et au milieu des Billon et Billou joyeux et de moins en moins bégayans, placez-moi là dans un coin du cercle comme une légère ombre, attentive à tout et silencieuse, qui

  1. Allusion au volume de poésies publié par M. et Mme Juste Olivier sous le titre : les Veux-Voix.