Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/43

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


n’attriste ni n’obscurcit, mais qui voile un peu : léger nuage que Billon et Billou traversent dans leurs jeux sans s’en apercevoir, mais qui se retourne après et que n’a cessé de voir l’œil des parens. Vous me raconterez comment tout cela s’est passé, et l’effet sur vous de l’ombre.

« Je crains bien que toutes les négociations et lettres près de Mickiewicz n’aient échoué. Sa douleur est telle qu’on n’en peut rien tirer ; le pauvre homme, il dit toujours demain, espérant que demain elle sera guérie. On ne peut même savoir l’état au juste de sa femme, et il y a toujours un double bulletin contradictoire : je penche pour le plus fâcheux.

« Je me suis bien informé sur le compte de M. Hollard. Il paraît qu’il professe très suffisamment pour l’élocution, et qu’il a des doctrines anatomiques et organiques élevées et, m’a-t-on dit, plus larges que ses croyances. C’est un médecin humanitaire qui m’a donné ces renseignemens. C’est l’anatomie comparée qu’il professe, ce qui est d’un intérêt plus général que quelque branche de la zoologie.

« J’ai revu Lamartine, que j’ai trouvé avec bonheur très peu optimiste, contre son habitude, et jugeant la politique dont il est témoin, et cette misérable intrigue qu’on appelle la coalition avec un dégoût profond qui lui va et qui promet un retour aux beaux vers.

« Mais que vais-je vous parler de coalition et de ces turpitudes chétives ? En attendant, le ministère tombe, et comme ce système, en ce qu’il a de mauvais, ne changera pas, il est permis de regretter d’honnêtes gens et personnellement pleins de facilités obligeantes, même charitables. Oh ! mes amis, dans quel triste état politique nous sommes, comme peuple ! et combien, à part les coups d’éclat, nous avons peu de ce qui remplit honorablement le tous les jours d’une nation !

« En attendant, Marmier nous donne ; ce soir dans sa chambrette une petite soirée où l’on dira des vers. Il y aura Brizeux, Turquety, de Latour, et deux dames que ce dernier doit amener, on ne sait trop encore lesquelles, mais de belles dames, peut-être la comtesse Dash qui fait des romans quelque peu Balzac.

« Mme Valmore a fait paraître ses Pauvres fleurs. Il y en a de charmantes, et je n’y veux voir que celles-là.

« A chaque lettre il y a une commission ennuyeuse, autant que rien peut ennuyer de bons amis si empressés. Cette fois,