Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/49

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10 octobre, M. Combes remerciait par télégramme le Congrès radical et radical-socialiste de Marseille, qui lui avait voté une adresse de félicitations : « J’accepte de grand cœur ce témoignage de confiance comme une récompense pour le passé et un encouragement pour l’avenir. Je m’efforcerai de m’en montrer digue par une fidélité inébranlable à mes convictions et à mes engagemens [1]. » Des engagemens, monsieur le président du Conseil ? et lesquels, et envers qui ? Car il va de soi que ce n’est pas de la Déclaration ministérielle, lue jadis aux Chambres, qu’il s’agit, le Congrès radical et radical-socialiste n’ayant, en tout état de cause, aucune qualité pour recevoir de M. Combes l’assurance que les engagemens en seront tenus. « A ce propos, lisait-on récemment dans un journal qui doit être cher à M. le ministre de l’Intérieur, les feuilles clérico-modérées se laissent aller à de singulières et amusantes récriminations. Très habilement, elles essaient de compromettre le gouvernement… A les en croire, M. le président Combes serait notre esclave, nos décisions seraient pour lui des injonctions et des ordres… Des ordres, le Congrès, à parler proprement, n’en a pas à donner au gouvernement ; mais il a le devoir de lui fournir des indications, de lui faire connaître la voie dans laquelle il convient de conduire la politique du pays républicain. Qui donc serait mieux qualifié, pour éclairer le pouvoir dirigeant, que ces mille représentans de la démocratie française, venus de tous les points du territoire ? Qui donc, avec plus d’autorité que les délégués des douze cents groupemens représentés à Marseille, peut dire au président du Conseil, etc. [2]. »

Oui, peut-être, qui donc, en effet, peut lui dire tout ce qu’ils lui disent ? Mais, s’ils le lui disent et s’il les écoute ; s’il leur accorde autant d’autorité qu’ils s’en attribuent et plus qu’il n cure tient lui-même ; s’il les estime qualifiés pour éclairer le pouvoir dirigeant au point de le leur laisser diriger ; et, bien que le Congrès, à parler proprement, n’ait pas d’ordres à donner au gouvernement, si le gouvernement se complaît à tenir pour des ordres les indications que le Congrès lui fournit ; — c’est donc le Congrès qui est le gouvernement, et nous sommes donc gouvernés, réellement et en fait, par « les mille représentans de la démocratie française, » par « les délégués des douze cents groupemens ; »

  1. Voyez l’Action du 11 octobre 1903.
  2. Article de M. A. Bourceret, dans l’Action du 16 octobre.