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cents groupemens, les douze cents clubs jacobins qui gouvernent, le gouvernement n’est plus un gouvernement : il n’est plus qu’une société en commandite, qu’une agence électorale, qu’une espèce de grande Confrérie de la candidature perpétuelle.

C’est notre cas, et c’est la conquête jacobine : pour la seconde fois les Jacobins ont conquis la France. Ils l’ont conquise sur nous, ou, si l’on veut, ils l’ont acquise et ils la conservent à nos frais. Sur ce terrain encore, et en détail comme en gros, ils connaissent « l’art et la manière » de « faire marcher » M. Combes : il est vrai qu’ils n’ont guère à lui donner de l’éperon et ne le trouvent pas trop récalcitrant. On se rappelle la circulaire par laquelle M. le président du Conseil recommandait à ses préfets de rendre strictement « la justice » à ses adversaires, et de garder « les faveurs » pour ses amis. Faisant cela, il n’inventait rien, mais, le disant, il innovait. Cette pratique, probablement, a été celle de bien des ministres avant M. Combes, et peut-être de tous, de tout temps, et sous tous les régimes, « sous les régimes absolus » comme sous celui-ci, qui ne l’est point. Seulement, ces ministres n’étaient pas de purs démocrates, et M. Combes est un pur. Comment ne s’est-il pas avisé que la notion même de « faveur » est contradictoire à la notion de démocratie ; que, dans la démocratie, il ne devrait pas y avoir de faveur, il ne devrait y avoir que la justice, une justice égale pour tous, amis et adversaires ?

Est-ce par un de ces miracles de raisonnement verbal ou de contentement de soi qui lui font dire, — comme à Saintes, par exemple, lorsque ses yeux découvrent, autour de la table, avec une satisfaction qu’il ne cherche pas à déguiser, « l’élite charentaise du parti républicain, » — que son ministère fait tomber « les vieilles antipathies et les préventions irraisonnées devant le spectacle d’un régime politique longtemps calomnié, qui répond à la calomnie par des bienfaits ? » ou, — comme aux Gravanches, près Clermont : — « Tout, dans ce régime,… tend à subordonner l’intérêt de chacun à l’intérêt de tous. » De plus en plus, — et à mesure que son ministère se prolonge, — la République apparaît ce qu’elle est par définition, la chose de tout le monde, le régime protecteur des droits et des intérêts de tous, un patrimoine commun de pensées, de sentimens, d’aspirations et de besoins. » La chose de tout le monde, le régime protecteur des droits par excellence, le patrimoine commun ! Mais la faveur, monsieur le