Page:Revue des Deux Mondes - 1911 - tome 1.djvu/357

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
351
351
LE MYSTÈRE DE L’INDE.

D’où vient donc à cette terre et à ce peuple son caractère unique et merveilleux ? D’où vient qu’ici le passé lointain et vénérable domine encore le présent, tandis que, dans nos villes d’Occident, le présent renie le passé en sa fièvre d’invention et semble vouloir le broyer sous la rage aveugle de ses machines ?

La réponse à cette question est dans la mission providentielle de l’Inde. Cette mission fut de conserver à travers les âges et de répandre parmi les autres nations les plus vieilles traditions humaines et la science divine qui en est l’âme. Tout y contribua, la configuration géologique, les vertus éclatantes de la race initiatrice, la largeur et la hauteur de son inspiration première, et aussi la diversité des races qui a fait de cette terre une troublante et prodigieuse fourmilière humaine.

La mer et la montagne, qui moulent le visage de la planète, se sont conjurées pour faire de l’Inde la terre de la contemplation et du rêve, en l’encerclant de leurs masses liquides et rocheuses. Au Sud, l’océan Indien enveloppe ses côtes presque partout inaccessibles. Au Nord, se dresse, barrière infranchissable, la plus haute chaîne du globe « l’Himavat, toit du monde et trône des Dieux, » qui la sépare du reste de l’Asie et semble vouloir la relier au ciel. Aussi l’Himalaya donne-t-il à l’Inde son caractère unique parmi les pays tropicaux. Toutes les saisons, toutes les flores, toutes les faunes s’étagent sur ses flancs, du palmier géant au sapin alpestre, du tigre rayé du Bengale à la chèvre laineuse du Cachemyre. De ses dômes de glace, il verse trois grands fleuves aux plaines brûlantes, l’Indus, le Gange et le Bramapoutra. Enfin, c’est par les brèches du Pamyr qu’est descendue la race élue des conquérans qui lui amenèrent ses Dieux. Fleuve humain, non moins fécond, qui, en se mêlant aux races indigènes, devait créer la civilisation indienne. Il semble que le poète Valmiki ait résumé le miracle aryen au début de son Ramayana quand il peint la Ganga tombant du haut du ciel sur l’Himalaya, à l’appel des plus puissans ascètes. D’abord, les Immortels se montrent dans toute leur splendeur et le ciel s’illumine à leur venue d’une clarté flamboyante. Puis le fleuve descend et l’atmosphère est toute pleine d’écumes blanches comme un lac argenté par une multitude de cygnes. Après avoir bondi de cascade en cascade, de vallée en vallée, la Ganga atteint la plaine. Les Dieux la précèdent sur