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s’ouvrirent les portes de l’Esprit. Ils appelèrent yoga, ou science de l’union, la discipline ascétique et les exercices de méditation par lesquels ils parvenaient à ce genre de voyance. L’influx spirituel qui s’ensuivit domine les destinées de l’Inde. Car, que l’on conçoive l’idéal comme une force purement subjective ou comme une réalité transcendante, son action dans l’histoire est toujours proportionnée à l’élan d’une élite vers lui. Une seule chose prouve Dieu ou les Dieux, c’est la réponse des forces cosmiques à l’appel de la volonté humaine. Le concept sur la nature et l’essence de ces forces peut varier à l’infini, mais le reflux du divin dans l’âme qui l’évoque est le signe de sa présence. Entrons donc un peu plus avant encore dans l’idée que les brahmanes se faisaient de leurs maîtres, les richis, et de leurs rapports avec le monde spirituel, quelque étrange que paraisse cette idée à notre mentalité occidentale. Selon la tradition des Védas, quelques-uns de ces sages furent assez puissans pour s’élever d’eux-mêmes au monde divin et s’y diriger, mais le plus grand nombre eut besoin d’inspirateurs invisibles pour les guider. Ces guides, disaient les brahmanes, furent des êtres semi-humains, semi-divins, Manous de cycles précédens ou esprits venus d’autres mondes, qui planèrent sur leur vie et adombrèrent leur âme. Ces richis-là avaient donc une personnalité double. Dans leur vie ordinaire, c’étaient des hommes fort simples, mais un tout autre esprit parlait par leur bouche dans l’état inspiré. Ils semblaient alors possédés d’un Dieu. Ceux-là sont appelés dans la tradition indoue des Bodisatvas, c’est-à-dire pénétrés de sagesse divine. Il y eut bien des nuances de Bodisatvas, selon la nature de leur inspirateur et le degré de leur union avec lui. Quant au Bouddha proprement dit, aussi appelé Gotama Çakia-Mouni, personnage plus historique et plus saisissable que les autres, dont je tenterai d’évoquer la figure dans une autre étude, il fut considéré par ses adhérens comme une âme supérieure complètement incarnée dans un corps humain. Par son propre effort, le Bouddha réalisa publiquement, aux yeux de tous, et pour ainsi dire dans sa chair et son sang, les diverses étapes de l’initiation pour atteindre, dès cette vie, cet état divin appelé par les Indous le Nirvana.

Mais il serait impossible de comprendre la signification de Bouddha dans le développement de l’Inde et sa place dans l’histoire des religions, sans donner d’abord un coup d’œil au