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REVUES ÉTRANGÈRES

LES CONFESSIONS DE RICHARD WAGNER


Mein Leben, par Richard Wagner, 2 vol. in-8 ; Munich, 1911.



Il y avait à Leipzig, en 1831, un jeune étudiant d’une intelligence très vive et d’un cœur généreux, mais instinctivement possédé d’une exaltation fiévreuse et désordonnée qui inquiétait de plus en plus tout son entourage. Né à Leipzig le 22 mai 1813, quatre mois à peine avant la mort de son père, il avait été élevé d’abord, à Dresde, par le second mari de sa mère, le peintre, poète, et acteur Louis Geyer, qui n’avait rien négligé pour développer fructueusement les remarquables qualités naturelles d’un enfant que, sans doute, il avait le droit de regarder comme son propre fils : mais ce tendre protecteur était mort à son tour, quelques années plus tard, et le petit garçon s’était formé depuis lors un peu à l’aventure, dans des milieux assez mêlés où dominaient, surtout, les deux influences du théâtre et de la musique. Du moins sa mère, de très bonne heure, avait-elle tâché assidûment à le préserver de la première de ces deux influences ; et il n’y avait pas jusqu’à la musique dont la pauvre femme ne se fût longtemps efforcée d’interdire les approches à l’ardente curiosité de son fils, en raison de l’étroite parenté de cet art, — que d’ailleurs elle ne pouvait s’empêcher d’aimer infiniment, — avec celui du théâtre, qu’elle détestait et craignait plus que tout au monde. Si bien que le jeune Richard, revenu à Leipzig après la mort de Louis Geyer, s’était déjà essayé successivement aux sciences, aux lettres anciennes, et à la poésie, mais toujours avec cette impatience de toute discipline et cet irrésistible besoin de libre production personnelle qui, chaque fois,