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ange auprès de moi, me murmurant des paroles d’avertissement et de consolation. Une dernière fois, j’eus à escalader la porte de la cour pour rentrer dans ma chambre; puis je tombai dans un profond sommeil, dont je ne me réveillai que tard, tout renforcé, et comme ressuscité à une vie nouvelle… Les diverses tentations qui m’avaient séduit jusque-là avaient, désormais, perdu pour toujours leur pouvoir sur moi. Le torrent tumultueux où je m’étais plongé depuis un an, et où j’avais failli me noyer sans espoir, m’apparut, tout d’un coup, à la fois absolument dépourvu d’intérêt pour moi et même absolument incompréhensible. Déjà la passion du jeu m’avait rendu indifférent à tout le reste des vanités de ma carrière d’étudiant; délivré de cette passion, je me trouvai soudain transporté dans un monde tout autre, que mon esprit et mon cœur n’allaient plus cesser d’habiter depuis lors.


Quelques jours après, le jeune homme retourne chez son maître Weinlich : mais là, une seconde catastrophe l’attend, dont il nous avoue lui-même « qu’elle l’a bouleversé presque autant que l’avait fait celle de sa dernière nuit de jeu. » Doucement et paternellement, mais du ton le plus décidé, le vieux professeur lui signifie sa résolution de ne plus s’occuper d’un élève qui dédaigne ses leçons et ne tient aucun compte de ses remontrances. « Tout confus et profondément ému, je suppliai le vénéré vieillard de me pardonner, en lui promettant désormais une persévérance exemplaire. Enfin le bon WeinUch, touché d’une contrition aussi imprévue, me demanda de revenir chez lui vers sept heures, l’un des matins suivans, afin de dresser sous ses yeux, jusqu’à midi, la charpente complète d’une fugue ; et, vraiment, il me consacra cette matinée tout entière, en prêtant une attention pleine de sages conseils et d’enseignemens précieux à chacune des mesures que je lui soumettais. Vers midi, il me congédia, avec mission de terminer chez moi la mise au point de la fugue ainsi esquissée ; et lorsque, ensuite, je lui présentai ma fugue terminée, il me montra, par manière de comparaison, un autre développement du même thème, qu’il venait de faire à mon intention. Ce travail en commun inaugura, entre l’aimable maître et moi, des relations infiniment affectueuses ; et pour lui aussi bien que pour moi, depuis lors, la continuation de nos leçons devint le plus agréable des divertissemens. J’étais émerveillé, pour ma part, de la rapidité avec laquelle s’écoulait le temps employé à ces études de contrepoint. Pendant deux mois, Weinhch me fit faire une nombreuse série de fugues, et m’accoutuma à toutes les formes les plus compliquées de la polyphonie ; de telle sorte que, un jour, ayant apporté à mon maître une double fugue très difficile et d’une élaboration très