Page:Revue des Deux Mondes - 1911 - tome 3.djvu/472

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vivant, avait désarmé les préventions ou les rancunes dressées contre lui, obligeant ses ennemis eux-mêmes à se relâcher, pour un instant, de leur hostilité, dès qu’ils avaient l’occasion de se trouver en tète à tête avec lui. Certes, nous comprenions que cette sincérité et cette expansion des Mémoires du maître en retardât la mise au jour, jusqu’au moment où la disparition de tous les amis et ennemis personnels de Wagner nous permettrait de connaître enfin son jugement sur eux : mais avec quelle impatience, d’année en année, nous attendions ce moment, avec quel fervent espoir de goûter une fois encore, avant de disparaître à notre tour, la jouissance de ces loin- taines soirées de Bayreuth où nous avions cru voir le ciel s’ouvrir en recevant, de la bouche auguste du vieux maître, une brève parole de félicitation ou de remerciement !


Désormais, grâce aux héritiers de Richard Wagner, notre longue attente a pris fin, et notre espoir s’est réalisé : nous possédons, en deux énormes volumes, le texte absolument complet des Confessions du maître, telles qu’il les a surtout écrites ou dictées à notre intention pendant les loisirs forcés de sa vie d’exilé, entre son départ d’Allemagne on 1849 et son installation triomphale à Bayreuth, vingt années plus tard. C’est bien sa voix que nous entendons, et s’adressant expressément à nous, tantôt pour nous révéler des événemens de sa vie que nous avions ignorés jusqu’ici, comme cette merveilleuse « illumination » de 1831 qui a fait de lui le musicien-poète qu’il a été, et tantôt pour nous présenter sous leur jour véritable d’autres événemens dont l’histoire nous apparaissait tout enveloppée de légendes plus ou moins fâcheuses, comme l’aventure de son premier mariage, ou ses relations avec une dame zurichoise qui, de la meilleure foi du monde, s’était imaginé et avait voulu nous faire croire qu’elle lui avait inspiré le plus passionné de ses drames [1]. Au point de vue biographique, la publication de ces deux volumes est vraiment d’une importance inappréciable ; car non seulement Wagner nous y expose, avec un détail. scrupuleux, jusqu’aux moindres incidens de son existence publique et privée, mais il ne cesse d’apporter en effet à son récit, selon son habitude, cette franchise familière et sans l’ombre

  1. Une traduction française des Mémoires de Richard Wagner devant être publiée très prochainement, on comprendra que je me sois abstenu de toucher aujourd’hui à ces drames intimes de la vie du maître, qui d’ailleurs se rattachent de trop près aux circonstances au milieu desquelles ils se sont produits pour pouvoir être appréciés isolément, en quelques lignes d’un résumé forcément incomplet.