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cette femme nonchalante et timide qui ne se rappelle qu’elle est reine que le jour où elle devient jalouse et qui retrouve l’indépendance par l’amour, nous semble une idée très heureuse, une inspiration profonde… » Je le crois bien ! Cela ressortit aux procédés de Victor Hugo et Madame de Girardin ne peut pas ne point admirer Victor Hugo, même chez un autre.

Avec son esprit où il y a de la gamine de Paris (remarquez que Lamartine qui l’a beaucoup aimée dès sa première rencontre avec elle, près d’une cascade, en Italie, trouva cependant qu’elle riait trop) elle renouvelle des mots célèbres bien heureusement. Voltaire avait dit :


On ne va pas, sur Pégase monté,
Avec si gros bagage à la postérité.


Oh ! pas même à l’Académie, pense Mme de Girardin, et elle écrit : « Un trop fort bagage est un empêchement ; à l’Académie la consigne est la même qu’au Jardin des Tuileries : on ne laisse pas passer les gros paquets. »

Je ne sais pas si elle avait de la facilité ; elle semble en avoir ; elle semble même être la facilité même ; mais on sait qu’il n’y a rien de plus fréquent que l’air de facilité acquis par un très grand travail. En tout cas, en pédagogie et en art d’écrire, elle n’aime pas la facilité et la nonchalance et croit que le beau comme le bien est le prix du grand effort : « Aujourd’hui, les mères sont des amies, des divinités familières, des providences domestiques qui vous secourent au moindre danger, qui vous assistent au moindre doute, qui écartent avec empressement de votre destin les obstacles et les ennemis, c’est-à-dire qui vous ôtent tout caractère, toute initiative et toute énergie… Écarter les obstacles et les ennuis ! Il faudrait les créer s’ils n’existaient pas ! La lutte, c’est la vie. Le travail lui-même n’est qu’un combat, ne l’appelez pas un plaisir. L’art, c’est un duel avec la nature ; chaque œuvre enfantée est une bataille gagnée. Ne supprimez pas la difficulté, elle fait la force ; l’obstacle est toujours généreux. Ne supprimez pas la rime pour affranchir le génie. C’est la rime mesquine et taquine très joli qui fait le poète inspiré et admiré… »

— Mais les prosateurs, direz-vous ?

Elle se tire de la difficulté très heureusement, et, de plus, je suis persuadé qu’elle a raison : « Est-ce la rime, me dira-t-on,