Page:Rimbaud - Poésies complètes, Vanier, 1895.djvu/25
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- Votre cœur l’a compris : − ces enfants sont sans mère.
- Plus de mère au logis ! − et le père est bien loin !…
- − Une vieille servante, alors, en a pris soin.
- Les petits sont tout seuls en la maison glacée ;
- Orphelins de quatre ans, voilà qu’en leur pensée
- S’éveille, par degrés, un souvenir riant…
- C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant :
- − Ah! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
- Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
- Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
- Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
- Tourbillonner, danser une danse sonore,
- Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
- On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
- La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…
- On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
- Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
- Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
- Aux portes des parents tout doucement toucher…
- On entrait !… Puis alors les souhaits,… en chemise,
- Les baisers répétés, et la gaîté permise ?