Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/42
La bibliothèque libre.
Cette page n’a pas encore été corrigée
Voix dans l’absence ; voix tristes qui semblent veuves
Voix dans l’éloignement et qu’on dirait venir
D’au delà des jardins et d’au delà des fleuves…
Ah ! Ces voix des portraits quand le jour va finir !
Portraits d’aïeux, portraits d’aïeules ingénues
Que nous aimons un peu sans les avoir connues ;
Portraits anciens, portraits d’il y a si longtemps,
Avec qui nous causions souvent dans le silence
Quand l’ombre s’épandait en noirs tulles flottants,
— Posthumes entretiens où l’âme se fiance !
Telle aïeule surtout en blanc déshabillé
De linge suranné dont le fichu se croise
Qui souriait, la bouche encore un peu narquoise,
Mais de qui le sourire avait l’air effeuillé !