Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/67

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semblent n’appartenir qu’à lui. Enfin, il n’est aucun ouvrage de Rousseau qui ne procède d’un sentiment et où ne se peigne le caractère de l’homme. C’est donc Rousseau lui-même qu’il faut d’abord et surtout considérer, si l’on veut expliquer ses œuvres.

En exposant, dans le chapitre précédent, le système du Contrat social, j’ai essayé de montrer que cet ouvrage n’est nullement une exception dans l’œuvre de Rousseau, qu’il n’est pas en contradiction avec les deux Discours (*) et qu’il se rattache au contraire à la même pensée maîtresse. Cette pensée, c’est une idée morale, l’idée de la nature. La nature nous est révélée d’abord et surtout par le sentiment, mais elle se confond presque avec la raison, car l’homme de la nature, c’est l’homme vrai, réduit aux caractères sans lesquels il ne pourrait pas exister. C’est à dégager cet homme véritable, à le retrouver sous les sédiments dont l’ont recouvert des siècles de vie sociale, que doit s’attacher l’écrivain qui veut critiquer les mœurs, l’éducation, la société. Cette pensée systématique ne s’était peut-être pas présentée dans toute sa netteté à Rousseau, dès le début de son œuvre, mais nous voyons qu’il en avait pleinement conscience à la fin ( 2 ), et, en fait, tous ses principaux ouvrages s’y rattachent étroitement. Les deux Discours et la Lettre à d'Alembert montrent à quels maux l’homme est livré lorsqu’il s’éloigne de la nature; l'Émile s’efforce d’y ramener l’individu par l’éducation ; la Nouvelle Héloîse par la profondeur et la sincérité de la passion ; le Contrat social tente de construire une société conforme à la raison, c’est-à-dire organisée sur les principes du droit naturel et, en quelque sorte, à l’imitation de la nature. Le retour à la nature, dans la mesure où nous le permet l’état actuel du monde et de l’homme, le retour à la nature à la fois

(’) Cf. note 3, p. 18.

( 2 ) Voir surtout Rousseau juge de J.-J. 3 e dial., p. 474 et suiv.