Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/429

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356 DU CONTRAT SOCIAL. des ennemis unis par l’espoir commun du pi1lage,le riche, pressé par la nécessité, concut enfin le projet le plus réfiéchi qui soit jamais entré dans l’esprit humain; ce fut d’employer en sa faveur les forces mémes de ceux qui l’attaquaient, de faire ses défenseurs de ses ad- versaires, de leur inspirer d’autres maximes, et de leur donner d’au- tres institutions qui lui fussent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire. Dans cette vue, aprés avoir exposé à ses voisins l’horreur d’une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur ren- dait leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et ou hul ne trouvait sa silreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, il in- venta aisément des raisons spécieuses pour les amener A son but. << Unissons·nous, leur dit-il, pour garantir de 1’oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer A chacun la possession de ce qui lui appartient: instituons des règlements de justice et de paix aux- quels tous soiént obligés de se conformer, qui ne fassent acception de personnes, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la for- tuné, en soumettant également le puissant et le faible A des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tourner nos forces contre nous- i mémes, rassemblons·les en un pouvoir suprémc qui nous gouverne i selon de sages lois, qui protege et défende tous les membres de Pas- sociation, repousse les ennemis communs, et nous maintienne dans une concorde éternelle. » Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discours pour l entrainer des hommes grossiers, faciles A séduire, qui d’ailleurs l avaient trop d’aflaires A déméler entre eux pour pouvoir se pas- t ser d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition pour pouvoir long- R temps se passer de maitres. Tous coururent au·devant de leurs i fers, croyant assurer leur liberté : car avec assez de raison pour sen- tir les avantages d’un établissement politique, ils n’avaient pas assez d’expérience pour en prévoir les dangers: les plus capables de pres- R sentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient d’en proliter; et les sages mémes virent qu’il fallait se résoudre A sacrifier une partie l de leur liberté A la conservation de l’autre, comme un blessé se fait l couper le bras pour sauver le reste du corps. Telle fut ou dut étre l’origine de la société et des lois, qui don- nérent de nouvelles forces au riche , détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixérent pour jamais la loi de la propriété et de l’i- négalité, d’une adroite usurpation firent une loi irrévocable,et, pour le profit de quelques ambitieux, assujettirent désormais tout le genre humain au travail, A la servitude et A la misére. On voit aisément comment l’établissement d’une seule société rendit indispensable ce- lui de toutes les autres, et comment, pour faire téte A des forces unies, il fallut s’unir A son tour. Les sociétés, se multipliant ou s’é- tendant rapidement, couvrirent bientot toute la surface de la terre;


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