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l 3g6 DU CONTRAT SOCIAL-. Le christianisme, au contraire, rendant les hommes iustes, mo- dérés, amis de la paix, est tres avantageux A la société générale; mais il énerve la force du ressort politique, il complique les mouve· ments de la machine, il rompt l’unité du corps moral; et, ne lui étant pas assez approprié, il faut qu’il dégénere, ou qu’il demeure une piece _ étrangere et embarrassante. VoilA donc un préiudice et des inconvéni ents des deux c6tés rela- tivement au corps politique. Cependant il importe que l’Etat ne soit pas sans religion, et cela importe par des raisons graves, sur les- quelles j’ai partout fortement insisté: mais il vaudrait mieux encore n’en point avoir, que d’en avoir une barbare et persécutante, qui, tyrannisant les lois memes, contrarierait les devoirs du citoyen. On dirait que tout ce qui s’est passé dans Geneve A mon égard n’est fait que pour établir ce chapitre en exemple, pour prouver par ma propre histoire que j’ai tres bien raisonné. Que doit faire un sage législateur dans cette alternative? De deux choses l’une: la premiere, d’établir une religion purement civile, dans laquelle, renfermant les dogmes fondamentaux de toute bonne reli- gion, tous les dogmes vraiment utiles A la société, soit universelle, soit Particuliere, il omette tous les autres qui peuvent importer A la foi, mais nullement au bien terrestre, unique objet de la législation: car comment le mystere de la Trinité, par exemple, peut-il concourir A la bonne constitution de l’Etat? en quoi ses membres seront-ils meilleurs citoyens quand ils auront reieté le mérite des bonnes ceuvres? et que fait au lien de la société civile le dogme du péché originel? Bien que le vrai christianisme soit une institution de paix, qui ne voit que le christianisme dogmatique ou théologique est, par la multitude et l’obscurité de ses dogmes, surtout par l’obligation de les admettre, un champ de bataille touiours ouvert entre les hommes, et cela sans qu’A force d’interprétations et de décisions on puisse prévenir de nouvelles disputes sur les decisions memes? L’autre expédient est de laisser le christianisme tel qu’il est dans son véritable esprit, libre, dégagé de tout lien de chair, sans autre obligation que celle de la conscience, sans autre gene dans les dogmes que les moeurs et les lois. La religion chrétienne est, par la pureté de sa morale, touiours bonne et saine dans l’Etat, pourvu qu’on n’en fasse pas une partie de sa constitution, pourvu qu’elle y soit admisc uniquement comme religion, sentiment, opinion, croyance; mais, comme loi politique, le christianisme dogmatique est un mauvais établissement. Telle est, monsieur, la plus forte conséquence qu’on puisse tirer de ce chapitre, ou,bien loin de taxer le pur Evangile(1) d’étre perni- cieux A la société, je le trouve en quelque sorte trop sociable, embras· (1) Lettre: écrites de la campagne, page 30.
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