Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/48

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INTRODUCTION. ° xxvu intentions telles qu’e1les nous apparaissent, et laissé entrevoir ce qui ressortira plus clairement de notre commentaire, A savoir que l’idée, du Contrat est moins pour lui une vérité philoso- phique, ou une loi de l’histoire, qu’une arme capable de détruire l’Eglise et la Royauté. Esquissons a grands traits le raison- ncment qui se cache, comme un homme armé, dans ce cheval de Troie du Contrat social. L’homme nait libre, d’un naturel paciiique et ami du repos; pour s’assurer la jouissance paisible de ses biens, il a renoncé autrefois ason indépendance,en contractant une société. Par ce pacte, il ne voulait pas aliéner sa liberté, mais seulement garantir 1’ordrc social, ce droit sacré qui sert de base a tous les autres. Des circonstances, trop éloignées pour étre déterminées exacte· ment, l’ont rendu esclave et ramené par suite it l’état de nature; le pacte primitif qui le liait se trouve rompu. Que fera-t-il? Un étre vraiment heureux serait un étre solitaire. Mais Dieu seul jouit du bonheur absolu. Nous dépendons des choses et meme, en fait, des hommes, de nos parents, aussi longtemps, du moins, que leur aide est nécessaire a notre conservation. Des besoins communs et le sentiment de miséres communes nous ren- dent sociables et nous rapprochent de nos semblables. Or c’cst de l’état politique, que l’homme préférera, que doit dépendre son bonheur; il sera tel que le gouvernement de son choix l’aura fait. Le Contrat social, seul pacte légitime, établit la souverai- neté de la loi sur tous les citoyens en général et sur chaquc citoyen en particulier. Cette souveraineté est inalienable et indi- visible. Elle ne peut se transmettre ni se partager; tous sont égaux pour toujours et solidaires les uns des autres. Dans cet état, . l’homme ne peut conserver la primauté des sentiments primitifs, il est avant tout citoyen. La volonté générale est armée d’unc force supérieurea toutes les volontés particuliéres pour prévenir le désordre et les vices qui naissent tres vite dans une société mal ordonnée. Mais cette volonté générale, qui est la puissance législative, a besoin d’un instrument qui la mette en mouvement, c’est—i1—dire d’une puissance qui serve d’intermédiaire entre les sujets et le souverain et soit chargée de l’exécution des lois ct du maintien de la liberté tant civile que politique. C’est le gouvernement.


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