Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/154

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on lisait ces mots : « La Jeune Candiote ».

À cette vue, Séil-kor, pris de délire, s’agenouilla comme devant une divinité, criant : « Nina… Nina… » d’une voix tremblante de joie et d’émotion. Tout, dans son attitude, montrait que l’acuité de ses sens, décuplée par les émanations intenses des plantes océaniennes, lui faisait admettre la présence réelle et vivante de l’adorable fillette nommée avec ivresse.

Après un moment d’immobilité, Darriand tourna de nouveau la manivelle, actionnant ainsi, par un système de rouleaux et de bande diaphane dont on devinait l’agencement caché, une série de vues prêtes à défiler devant la lentille lumineuse.

Le portrait glissa vers la gauche et disparut de l’écran. Sur la surface étincelante on lisait maintenant : « Corrèze » au milieu d’un département français dont la préfecture, large pois noir, portait un simple point d’interrogation à la place du mot « Tulle ». Devant cette question soudaine, Séil-kor s’agita nerveusement comme pour chercher quelque introuvable réponse.

Mais sous ce titre : « La Pêche à la Torpille », un tableau émouvant venait de remplacer la carte géographique. Ici, habillée d’une robe bleu marine et lourdement armée d’une ligne longue et flexible, la fillette que Séil-kor avait appelée Nina tombait évanouie en prenant dans ses