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50 SÉSAME ET LES LYS de nous peindre, il représente ce désir et ne nous représente pas. Fromentin, Musset, malgré tous leurs dons, parce qu’ils ont voulu laisser leur por- trait à la postérité, l’ont peint fort médiocre ; encore nous intéressent-ils infiniment, même par là, car leur échec est instructif. De sorte que quand un livre n’est pas le miroir d’une individualité puis- sante, il est encore le miroir de défauts curieux de l’esprit. Penchés sur un livre de Fromentin ou sur un livre de Musset, nous apercevons au fond du premier ce qu’il y a de court et de niais dans une certaine « distinction », au fond du second, ce qu’il y a de vide dans Péloquence. Si le goût des livres croît avec Fintelligence, ses dangers, nous l’avons vu, diminuent avec elle. Un esprit original sait subordonner la lecture à son activité personnelle. Elle n’est plus pour lui que la plus noble des distractions, la plus ennoblis- sante surtout, car, seuls, la lecture et le savoir donnent les « belles manières » de l’esprit. La puissance de notre sensibilité et de notre intelli- gence nous ne pouvons la développer qu’en nous- mêmes, dans les profondeurs de notre vie spirituelle. Mais c’est dans ce contact avec les autres esprits qu’est la lecture, que se fait Péducation des « fa- çons » de Pesprit. Les lettrés restent, malgré tout, comme les gens de qualité de Pintelligence, et ignorer certain livre, certaine particularité de la science littéraire, restera toujours, même chez un homme de génie, une marque de roture intellec- tuelle.La distinction et la noblesse consistent, dans Pordre de la pensée aussi, dans une sorte de franc-