Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/387

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le rang que je tiens dans la famille ? Ah ! vraiment petit cadet, je vous en ferai bien ressouvenir : si vous me lâchez, je vous réduirai au lambel[1]. Vous savez que je suis sur la fin d’une grossesse, et je ne trouve en vous non plus d’inquiétude de ma santé que si j’étois encore fille. Eh bien, je vous apprends, quand vous en devriez enrager, que je suis accouchée d’un garçon, à qui je vais faire sucer la haine contre vous avec le lait, et que j’en ferai encore bien d’autres, seulement pour vous faire des ennemis. Vous n’avez pas eu l’esprit d’en faire autant, le beau faiseur de filles[2].

Mais c’est assez vous cacher ma tendresse, mon cher cousin ; le naturel l’emporte sur la politique. J’avois envie de vous gronder de votre paresse depuis le commencement de ma lettre jusques à la fin ; mais je me fais trop de violence, et il en faut revenir à vous dire que M. de Sévigné et moi vous aimons fort, et que nous parlons souvent du plaisir qu’il y a d’être avec vous[3].

  1. marquis de Sévigné sont « conseiller du Roi en ses conseils, maréchal de ses camps et armées, et gouverneur pour S. M. des ville et château de Fougères (en Bretagne). » Voyez plus haut, p. 328. Le marquis n’avait point tous ces titres lorsqu’il se maria ; mais rien, que je sache, ne prouve qu’il n’eut pas dès lors ou n’ait pas eu bientôt après la charge assez peu importante de lieutenant de Roi de Fougères.

  2. Espèce de brisure, qui se place dans les armoiries pour indiquer les branches cadettes. Voyez à la suite de la Notice la Généalogie de Mme de Sévigné et de Bussy.
  3. Bussy n’avait eu que des filles de son premier mariage avec Gabrielle de Toulongeon, sa cousine, dont il était veuf à cette époque. C’est en 1650 qu’il épousa en secondes noces Louîse de Rouville dont il eut deux fils et deux filles : voyez la Généalogie de Bussy, p. 342.
  4. Cette lettre et la suivante ont été placées à tort par Bussy en 1647. Il s’est évidemment trompé d’une année : voyez la Notice biographique, p. 37 et 40.