Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/391

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 361 —


1649
10. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIN
À MADAME DE SÉVIGNÉ.

En 1649, le Roi ayant bloqué Paris, je me trouvai avec la compagnie de chevau-légers du prince de Condé dans le quartier de Saint-Denis, d’où j’écrivis cette lettre à la marquise de Sévigné, qui étoit à Paris, parce que son mari étoit dans le parti des rebelles.

À Saint-Denis, le 5e février 1649[1].

J`A1 longtemps balancé à vous écrire, ne sachant si vous étiez devenue mon ennemie, ou si vous étiez toujours ma bonne cousine, et si je vous devois envoyer un laquais, ou un trompette. Enfin me ressouvenant de vous avoir ouï blâmer la brutalité d’Horace, pour avoir dit à son beau-frère qu’il ne le connoissoit plus depuis la guerre déclarée entre leurs républiques[2], j’ai cru que l’intérêt de votre parti ne vous empêcheroit pas de lire mes lettres, et pour moi, hors le service du Roi mon maître, je suis votre très-humble serviteur.

Ne croyez pas, ma chère cousine, que ce soit ici la fin de ma lettre ; je vous veux dire encore deux mots de notre guerre.

Je trouve qu’il fait bien froid pour faire garde. Il est vrai que le bois ne nous coûte rien ici, et que nous y faisons grande chère à bon marché. Avec tout cela je m`y ennuie fort, et sans l`espérance de vous faire quelque plaisir au sac de Paris, et que vous ne passerez que par

Je trouve qu’il fait bien froid pour faire garde. Il est vrai que le bois ne nous coûte rien ici, et que nous y faisons grande chère à bon marché. Avec tout cela je m`y ennuie fort, et sans l`espérance de vous faire quelque plaisir au sac de Paris, et que vous ne passerez que par

  1. LETTRE 10. —— L’attaque de Charenton eut lieu le 8 février. Bussy partit de Saint-Denis le 6, et c’est la veille de son départ qu’il adresse cette lettre à sa cousine : voyez Walckenaer, tome 1, p. 189, et tome II, p. 411. Dans notre manuscrit, comme dans celui des Mémoires, la lettre est datée du 15.
  2. Allusion à ce vers de la tragédie d’Horace de P. Corneille, acte II, scène 3 :

    Albe vous a nommé, je ne vous connois plus.