Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/435

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1655tience. Je ne m’ennuie pas trop, vu la saison (cela soit dit sans vous offenser, ma chère cousine ; car il me semble que je dois m’ennuyer partout où vous n’êtes pas). Je me lève tard, je me couche de bonne heure ; je vais, je viens, j’entre en colère, j’en sors, je prie Dieu, je le jure, et comme cela les journées d’hiver ne durent rien.

Aussitôt que j’aurai mon congé, j’irai à Compiègne faire ma cour[1] ; et si je dois servir cet hiver sur la frontière, comme je l’ai demandé, je serai bien pressé si je ne vais pas vous dire adieu. En tout cas je vous écrirai, ma belle cousine, et partout je vous aimerai de tout mon cœur.

Mille amitiés, s’il vous plaît, à tous mes rivaux, fussent-ils quatre fois autant qu’ils ne sont.




36. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.

Quelques jours après que j’eus écrit cette lettre, je reçus mon congé de la cour, et étant allé à Compiègne trouver le Roi, j’y reçus cette lettre de la marquise.

À Paris, ce 25e novembre 1655.

Vous faites bien l’entendu, Monsieur le Comte. Sous ombre que vous écrivez comme un petit Cicéron, vous croyez qu’il vous est permis de vous moquer des gens. À la vérité, l’endroit que vous avez remarqué m’a fait rire de tout mon cœur ; mais je suis étonnée qu’il n’y eût que

  1. LETTRE 35.— La cour allait souvent à Compiègne en ce temps-là. Le mariage de la nièce de Mazarin, Laure Martinozzi, avec Alphonse d’Este, y fut célébré au mois de juin 1655. Nous avons des lettres de Mazarin datées de Compiègne, du mois de novembre 1655.