Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/518

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1666faisoient de leur maison ; mais l’éclat de rire nous prit à tous, quand nous vîmes le bonhomme Christophle à genoux, qui, après avoir mis ses armes en mille endroits et en mille manières différentes, s’en étoit fait faire un habit. Il est vrai que c’est pousser l’amour de son nom aussi loin qu’il peut aller. Vous croyez bien, ma belle cousine, que Christophle avoit un cachet, et que ses armes étoient sur sa vaisselle, sur les housses de ses chevaux et sur son carrosse. Pour moi, j’en mettrois mes mains dans le feu.





1667
71. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.

Je fus six mois sans avoir réponse à cette lettre. Enfin je reçus celle-ci le 23e de mai 1667.

À Paris, ce 20e mai 1667.


JE reçus une lettre de vous en Bretagne, mon cher cousin, où vous me parliez de nos Rabutins, et de la beauté de Bourbilly. Mais comme on m’avoit écrit d’ici[1] qu’on vous y attendoit, et que je croyois moi-même y arriver plus tôt, j’ai toujours différé à vous faire réponse jusques à présent que j’ai appris que vous ne viendrez point ici.

Vous savez qu’il n’est plus question que de guerre[2].

Toute la cour est à l’armée, et toute l’armée est à la cour.

Paris est un désert, et, désert pour désert, j’aime beaucoup mieux celui de la forêt de Livry[3], où je passerai l’été,

En attendant que nos guerriers
Reviennent couverts de lauriers.

  1. LETTRE 71. — De Paris.
  2. De la guerre faite à l’Espagne pour le droit de dévolution. Ce jour-là même le Roi commençait avec Turenne la rapide campagne de Flandre.
  3. Voyez la Notice, p. 35, 272, et la note X, p. 334.