Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/519

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1667Voilà deux vers. Cependant je ne sais si je les savois déjà, ou si je les viens de faire. Comme la chose n’est pas d’une fort grande conséquence, je reprendrai le fil de ma prose.

J’ai bien senti mon cœur pour vous depuis que j’ai vu tant de gens empressés à commencer, ou à recommencer, un métier que vous avez fait avec tant d’honneur, dans le temps que vous avez pu vous en mêler. C’est une chose douloureuse à un homme de courage, d’être chez soi quand il y a tant de bruit en Flandre. Comme je ne doute point que vous ne sentiez sur cela tout ce qu’un homme d’esprit, et qui a de la valeur, peut sentir, il y a de l’imprudence à moi de repasser sur un endroit si sensible. J’espère que vous me pardonnerez par le grand intérêt que j’y prends.

On dit que vous avez écrit au Roi : envoyez-moi la copie de votre lettre, et me mandez un peu des nouvelles de votre vie, quelles sortes de choses vous peuvent amuser, et si l’ajustement de votre maison[1] n’y contribue pas beaucoup. Pour moi, j’ai passé l’hiver en Bretagne, où j’ai fait planter une infinité de petits arbres, et un labyrinthe, d’où l’on ne sortira pas sans le fil d’Ariane[2]. J’ai encore acheté plusieurs terres, à qui j’ai dit à la manière accoutumée : « Je vous fais parc ; » de sorte que j’ai étendu mes promenoirs, sans qu’il m’en ait coûté beaucoup. Ma fille vous fait mille amitiés. J’en fais autant à toute votre famille.

  1. Le château de Bussy, près de Sainte-Reine et de Flavigny, en Bourgogne (Côte-d’Or).
  2. Dans notre manuscrit on lit Aracné (Arachné), au lieu d’Ariane.