Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/530

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1668
30. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.

Je ne reçus point de lettres de la marquise, que l’année d’après, au mois de juin.

À Paris, ce 6e juin 1668.

JE vous ai écrit la dernière, pourquoi ne m’avez-vous point fait de réponse ? Je l’attendois, et j’ai compris à la fin que le proverbe italien disoit vrai : Chi offende, non perdona[1].

Cependant je reviens la première, parce que je suis de bon naturel, et que cela même fait que je vous aime, et que j’ai toujours eu une pente et une inclination pour vous qui m’a mise à deux doigts d’être ridicule à l’égard de ceux qui savoient mieux que moi comme j’étois avec vous.

Mme d’Epoisse[2] m’a dit qu’il vous étoit tombé une corniche sur la tête, qui vous avoit extrêmement blessé.

Si vous vous portiez bien, et que l’on osât dire de méchantes plaisanteries, je vous dirois que ce ne sont pas des diminutifs qui font du mal à la tête de la plupart des maris : ils vous trouveroient bien heureux de n’être offensé que par des corniches. Mais je ne veux point dire de sottises ; je veux savoir auparavant comment vous vous portez, et vous assurer que par la même raison qui me rendoit foible quand vous aviez été saigné, j’ai senti de la douleur de celle que vous avez eue à la tête. Je ne pense pas qu’on puisse porter plus loin la force du sang.

  1. LETTRE 77. — Voyez la note 5 de la lettre 69.
  2. Germaine-Louise d’Ancienville, femme et cousine germaine d’Achille de la Grange d’Arquien, comte de Maligny, marquis d’Époisse, oncle de la femme de Sobieski. Leur fille unique avait épousé, le 21 mars 1661, le comte de Guitaut, et était morte en 1667. Le comte de Guitaut se remaria le 25 octobre 1669.