Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/532

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1668de n’y plus songer [1] ? Je comptois, sur votre parole, tout cela comme non avenu, et si je m’en souvenois quelquefois, ce n’étoit que pour m’obliger à raccommoder le passé par plus de tendresse pour vous. Cependant il semble que de temps en temps vous vous repentiez de m’avoir pardonné. Tout ce que je puis croire en votre faveur, ma chère cousine, c’est que ces changements-là sont étrangers en vous, et que la douceur et l’amitié pour moi y est naturelle. Vous n’avez pas la force de résister à la mode : je n’y suis pas aujourd’hui ; si j’y reviens jamais, je crois que vous vous ferez bien moins de violence pour battre des mains quand on dira du bien de moi, que vous ne vous en faites quand on vous en dit du mal. Vous voyez par là que je crois, ce que vous me mandez, que vous avez de la pente à m’aimer ; mais je ne demeure pas d’accord qu’elle vous ait mise à deux doigts d’être ridicule. Quoi qu’il se fût passé entre nous, nous étions raccommodés. Après cela, étant si proches que nous sommes, il étoit naturel que vous parussiez de mes amies, et je suis même persuadé que lorsque je fus arrêté il eût été honnête et généreux à vous de prendre mon parti envers et contre tous, quand même vous ne m’auriez pas pardonné avant que j’entrasse à la Bastille. Au moins en usai-je ainsi pour vous quand le surintendant Foucquet fut arrêté. Véritablement vous n’étiez pas en prison, mais vous étiez en Bretagne. Nous étions brouillés ; je pouvois, sans passer pour emporté, mêler mon prétendu ressentiment avec le déchaînement de vos envieux ; je ne sais pas même si vous ne vous y attendiez point. Cependant je fis le contraire, et

  1. LETTRE 78. — Au sujet de ces explications entre Bussy et sa cousine, voyez le passage déjà cité de la Notice biographique, p. 77 et suivantes.