Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/540

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vis au Palais-Royal, où je vous dis que ce livre couroit.

Vous voulûtes me conter qu’il falloit qu’on eût fait ce portrait de mémoire, et qu’on l’avoit mis là. Je ne vous crus point du tout. Je me ressouvins alors des avis qu’on m’avoit donnés, et dont je m’étois moquée. Je trouvai que la place où étoit ce portrait étoit si juste, que l’amour paternelle vous avoit empêché de vouloir défigurer cet ouvrage, en l’ôtant d’un lieu où il tenoit si bien son coin. Je vis que vous vous étiez moqué et de Mme de Montglas, et de moi ; que j’avois été votre dupe, que vous aviez abusé de ma simplicité, et que vous aviez eu sujet de me trouver bien innocente, en voyant le retour de mon cœur pour vous, et sachant que le vôtre me trahissoit : vous savez la suite.

Être dans les mains de tout le monde ; se trouver imprimée ; être le livre de divertissement de toutes les provinces, où ces choses-là font un tort irréparable ; se rencontrer dans les bibliothèques, et recevoir cette douleur, par qui ? Je ne veux point vous étaler davantage toutes mes raisons : vous avez bien de l’esprit, je suis assurée que si vous voulez faire un quart d’heure de réflexions, vous les verrez, et vous les sentirez comme moi. Cependant que fais-je quand vous êtes arrêté ? Avec la douleur dans l’âme, je vous fais faire des compliments, je plains votre malheur, j’en parle même dans le monde, et je dis assez librement mon avis sur le procédé de Mme de la Baume pour en être brouillée avec elle. Vous sortez de prison, je vous vais voir plusieurs fois ; je vous dis adieu quand je partis pour Bretagne ; je vous ai écrit, depuis que vous êtes chez vous, d’un style assez libre et sans rancune ; et enfin je vous écris encore quand Mme d’Époisse me dit que vous vous êtes cassé la tête[1].

  1. Voyez la lettre 77.