Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 9.djvu/448

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée
− 442 −

louanges de Rochon : l’heure de ces deux goûts n’étoit pas encore venue ; il y a des temps pour tout. Je lirois bien volontiers ce livre sur sa parole. Nous venons de lire l’histoire de la prise de Chypre[1] la belle et l’agréable histoire ! je craindrois seulement que Pauline ne fût pas assez instruite des affaires de l’Europe mais si elle l’étoit, elle seroit charmée de cette lecture c’est un parent de Monsieur le contrôleur général qui l’a traduite ; mon fils l’a expédiée en quatre jours. Nous commençons aujourd’hui notre carnaval, qui consiste à rassembler cinq ou six hommes et femmes de ce voisinage ; on jouera, on mangera ; et si notre soleil se remontroit, comme il fit hier, je me promènerois avec plaisir. On entend déjà les fauvettes, les mésanges, les roitelets, et un petit commencement de bruit et d’air du printemps : ce mois-ci est souvent plus doux que mai, à cause de votre bise qui nous tourmente. Il faut donc, malgré qu’on en ait, comprendre votre calcul de quatre-vingts personnes ; je veux croire que s’il y en avoit trop, Monsieur le chevalier et M. delà Garde vous conseilleroient d’ôter le superflu ; car dans ces années du siècle de fer pour vous, il faut aller doucement, pour ne pas creuser au moins de nouveaux abîmes. Je vous plaindrai beaucoup, quand vous n’aurez plus ces deux Grignans c’est une solide consolation que leur société et leur conseil. Je craindrois, comme vous, pour

  1. C’est l’histoire intitulée De bello Cyprio libri quinque, écrite en latin par Antoine-Marie Gratiani évêque d’Amelia, mort en 1611, et publiée à Rome eu 1624, in-4». Une traduction française, par Jean-Baptiste le Peletier, de l’académie d’Angers, prieur de Saint-Gemme et de Pouencé, avait paru depuis peu. L’Achevé d’imprimer pour la première fois est du 22 août 1683. Ce le Peletier était peut-être parent de Pontchartrain, ou, comme le nom porterait à le croire, du précédent contrôleur général le Pelletier, à qui Pontchartrain n’avait succédé dans cette charge que depuis fort peu de temps, en septembre 1689 voyez ci-dessus, p. 226 et 254.