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1266. DE MADAME DE SÉVIGNÉ ET DE CHARLES DE SÉVIGNÉ A MADAME DE GRIGNAN.
Aux Rochers, dimanche 19e février.
DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

Si vous me voyiez, ma chère bonne[1], vous m’ordonneriez de faire le carême et ne me voyant plus aucune des petites incommodités qui vous ont servi de raison autrefois pour me le faire rompre, vous seriez persuadée, comme moi, que Dieu ne me donne une si bonne santé, que pour obéir au commandement de l’Église ainsi, ma bonne, que votre tendresse soit en repos. Mon fils est bien[2]… de me gouverner sur cela plus absolument que vous. Vous avez sur votre conscience plusieurs jours de deux ou trois carêmes qu’il n’a pas. Nous faisons ici une fort bonne chère[3]; nous n’avons pas la rivière de Sorgue[4], mais nous avons la mer ; le poisson ne nous manque pas, et j’aime le beurre charmant de la Prévalaie[5] dont il nous vient toutes les semaines je l’aime et je le mange comme si j’étois Bretonne nous faisons des beurrées infinies, quelquefois sur de la miche ; nous pensons[6]

  1. Lettre 1266 (revue sur une ancienne copie). i. « Ma chère belle. » (Édition de 1754.)
  2. Ici le copiste a sauté un mot « résolu, capable ? »
  3. Tout ce morceau à partir de la deuxième ligne de la lettre, est ainsi abrégé dans l’édition de 1754 : « Et ne me trouvant plus aucune sorte d’incommodité, vous seriez persuadée, comme je le suis, que Dieu ne me donne une si bonne santé que pour me faire obéir au commandement de l’Église. Nous faisons ici une bonne chère, etc. »
  4. La rivière de Sorgue est fort poissonneuse, et coule dans le Comtat Venaissin. (Note de Perrin.) C’est un affluent du Rhône, elle sort de la célèbre fontaine de Vaucluse.
  5. Voyez ci-dessus, p. 59 et note 2.
  6. « En sorte que le poisson ne nous manque pas. Il nous vient toutes les semaines du beurre de la Prévalaie ; je l’aime et le mange