Page:Sansot-Orland - Jules Lemaître, 1903.djvu/27

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I OPINIONS ET DOCUMENTS Vous savez bien ce que le vulgaire entend par un critique. C’est un homme auquel les simples ccordent la faculté supérieure de ne point tromper n jugeant, de rendre des arrêts au nom d’une érité absolue et connue tout entière. Ils sont, de par le monde, une foule de braves gens qui n’ont i le temps, ni l’intelligence de se former par eux- mêmes une opinion sur leurs lectures. Ces simples ouhaitent pourtant adhérer à la vérité ; ils imagi- nent volontiers qu’il y a une orthodoxie littéraire, que certains hommes sont, à la façon des prêtres, dépositaires de cette vérité éternelle, et, très doci- lement, ils s’adressent à ces privilégiés pour qu’ils les fassent sortir des ténèbres de leur ignorance. Ils appellent ces directeurs de leur goût des criti- ques. Et plus ces maîtres sont aflirmatifs et violents, plus ils ont le cerveau étroit, plus ils sont systémati- ques, plus ils sont dogmatiques, plus ils rallient de croyants à leurs convictions. Pour la foule, le cri- tique idéal est un homme qui répète plusieurs fois dans ses articles : « Voilà la vérité, et tous ceux qui ne pensent pas comme moi gont des imbéciles. » Jules Lemaître présente ce phénomène tout à fait particulier : c’est un critique qui n’a aucune espèce de foi, qui ne croit qu’à la relativité des jugements,