Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/12

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TRAGEDIE.

Le Coloſſe du Nort ſe ſouſtient à grand peine ;
Son enorme grandeur ne luy ſert ſeulement,
Qu’à montrer à la Parque un plus grand logement ;
Et tandis qu’on heurtoit ces murailles humaines,
Pour eſparger le ſang des legions Romaines,
Mon Heros ennuyé du combat qui traiſnoit,
Se cachoit preſqu’entier dans les coups qu’il donnoit ;
Là des bras emportez, là des teſtes briſées,
Des troupes en tombant ſous d’autres eſcraſées,
Font fremir la campagne au choc des combattans,
Comme ſi l’Univers trembloit pour ſes enfans.
De leurs traits aſſemblez l’effroyable deſcente
Forme entre’eux & la nuë une voûte volante,
Sous qui ces fiers Tyrans honteux d’un ſort pareil,
Semblent vouloir cacher leur deffaite au Soleil.
Germanicus y fit ce qu’un Dieu pouvoit faire,
Et Mars en le ſuivant creut eſtre temeraire.
Ayant fait du Germain la ſanglante moiſſon,
Il prit ſur leurs Autels leurs Dieux meſmes à rançon,
Afin qu’on ſceut un iour par des exploits ſi braves,
Qu’un Romain dans le Ciel peut avoir des eſclaves.
Ô ! quel plaiſir de voir ſur des monceaux de corps,
Qui marquoient du combat les tragiques efforts,
Dans un livre d’airain la ſuperbe victoire,
Graver Germanicus aux faſtes de la gloire.