Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/21

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Et penetre un peu mieux dans mon cœur irrité ;
Voy iuſqu’où doit aller le courroux d’Agrippine,
Qui l’oblige à flatter l’autheur de ſa ruine,
Et combien il eſt grand, puis que pour l’occuper,
Eſtant ce que ie ſuis, ie m’abbaiſſe à tromper :
Ouy, i’abhorre ce monstre ; apres l’avoir ravie,
Pour le tuer encore ie luy rendrois la vie,
Et ie voudrois qu’il pût, ſans tout à fait perir,
Et ſans ceſſe renaiſtre, & ſans ceſſe mourir.
Mais, helas ! ie ne puis me vanger de Tybere,
Que par la ſeule main de mon lâche adverſaire :
Car Seianus vainqueur luy percera le flanc,
Ou Sejanus vaincu payera de ſon ſang ;
Si Tybere y demeure, alors ie ſuis vengée ;
Si contre Sejanus la Fortune eſt rengée,
Ie verray ſatisfaite entrer au monument
De mon Eſpoux meurtry le premier inſtrument.
Mais Livilla paroiſt, i’évite ſa preſence,
Elle hayt ma rencontre, & la ſienne m’offence.