Page:Schopenhauer - Le Monde comme volonté et comme représentation, Burdeau, tome 1, 1912.djvu/186

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tournure est susceptible de nombreuses variétés, bien que la partie essentielle du phénomène, c’est-à-dire son contenu, reste la même. Ainsi, par exemple, c’est une question qui n’intéresse nullement l’essence que celle de savoir si l’on joue des noix ou une couronne ; celle, au contraire, de savoir si l’on triche ou si l’on joue honnêtement concerne l’essence : celle-ci dépend du caractère intelligible, celle-là de l’influence extérieure. De même qu’un thème unique peut se présenter sous mille variations différentes, de même un caractère unique se manifeste en mille existences très diverses. Mais, quelque variée que puisse être l’influence extérieure, le caractère empirique qui se manifeste dans une existence n’en doit pas moins, de quelque façon qu’il se comporte, objectiver exactement le caractère intelligible, en conformant son objectivation à la matière donnée, c’est-à-dire aux circonstances effectives. Nous devons admettre quelque chose d’analogue à cette influence des objets extérieurs sur le cours de la vie (déterminé quant à son essence par le caractère), si nous voulons nous expliquer de quelle manière la volonté, dans son acte primitif d’objectivation, détermine les différentes idées dans lesquelles elle s’objective, c’est-à-dire les différentes figures des créatures de toute sorte entre lesquelles elle répartit son objectivation et qui par le fait doivent avoir nécessairement, dans leur phénomène, des rapports réciproques. Nous devons admettre qu’entre tous ces phénomènes d’une volonté unique il s’est produit une adaptation, un accord général et réciproque ; malgré tout, il ne faut introduire ici, comme nous allons bientôt le voir plus clairement, aucune détermination de temps, puisque l’idée réside en dehors du temps. Par suite, chaque phénomène a cru s’adapter aux circonstances dans lesquelles il se manifeste, et réciproquement les circonstances aux phénomènes, bien que les phénomènes occupent dans le temps une place beaucoup plus récente ; partout nous constatons ce consensus naturel. Voilà pourquoi chaque plante est appropriée à son sol et à son climat, chaque animal à son élément et à la proie dont il doit faire sa nourriture ; l’animal est aussi, dans une certaine mesure, protégé d’une façon ou d’une autre contre ses ennemis naturels : l’œil est accommodé à la lumière et à sa réfrangibilité, le poumon et le sang à l’atmosphère, la vessie natatoire à l’eau, l’œil du phoque à l’eau et à l’air, les cellules à eau de l’estomac du chameau à la sécheresse des déserts africains, la voile du nautilus au vent qui doit pousser sa petite barque, et ainsi de suite, jusqu’aux exemples les plus spéciaux et les plus étonnants de la finalité extérieure (1). Mais, dans tout cela, il faut faire abstraction de toutes les relations de temps ; les relations