Page:Schwob - Mœurs des diurnales, 1903.djvu/171

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Mais s’il est question de juger des actions réelles, et de guider l’opinion au sujet d’un crime passionnel, ayez soin de n’admettre d’autre mobile que ce vice matériel, la sensualité, que vous ne sauriez voir au théâtre. Car vous allez au spectacle afin d’aider votre digestion par l’illusion d’un agréable mensonge ; tandis qu’il est nécessaire de rabaisser les mobiles des accusés, qui ne sauraient avoir agi par noblesse de sentiment, attendu que l’humanité des tribunaux et celle des salles de théâtre ne doit pas être la même.


L’attitude de Syndon n’est pas mauvaise ; il joue avec assez de grâce le romantique désespéré ; ses gestes sont de la bonne école, discrets et rares. Il pleure à souhait et sait se taire quand il convient. Mais son système de défense est bien singulier : il s’essaie à être galant homme et voudrait bien sauver l’honneur de la personne qu’il a si maladroitement compromise, et tout en avouant qu’il avait pour Mme David une affection profonde, qu’il l’adorait, mais que jamais celle-ci ne reconnut son sentiment en oubliant ses devoirs à son profit, il met cependant à ses explications toutes les réticences nécessaires à faire comprendre qu’il ne joue qu’un rôle et qu’il entend bénéficier, comme les camarades, de l’impunité dont certains jurys reconnaissent le caractère passionnel d’un crime.