Page:Schwob - Mœurs des diurnales, 1903.djvu/87

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— Voyons cet objet nouveau, dit Gros. Il prit (notez le point) le Moniteur de l’Empire, et saisit le jouet au moyen de ce journal, pour protéger ses doigts, « Gare la graisse ! » cria un débraillé.

— Que vous êtes enfants ! dit le baron, après avoir scruté la chose du bout des cils ; soyez mâles, que diable, soyez peintres. Fils de Mars et d’Apollon, laissez les viles matières. Et corrigeons la croupe de cette Nymphe sylvestre.

Je ne fus pas du complot qui suivit. Non, je n’en fus pas : car je le déclare grossier et méprisable. Toujours est-il que, le dimanche suivant, de fort grandes dames annoncèrent leur visite à l’atelier. Nous étions sur notre trente et un. Le baron Gros les fit entrer. Elles regardèrent tout, en minaudant, et à l’aide du face-à-main. Une sorte de Diane hautaine s’approcha de la table, clignant des yeux, et s’écria :

— Quelle horreur !

Là reposait un étron nouveau, chaud, coloré de teint, et qui n’avait point encore de barbe, moulé selon les règles, et de bonne mesure.

— Mesdames, dit le baron, ne vous alarmez pas. C’est une déplorable plaisanterie que ces jeunes