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s gardent et fassent obéir le cœur des Romains à vos desseins ; nous allons nous séparer ici.
CÉSAR. — Adieu, ma chère sœur : sois heureuse. Que tous les éléments te soient propices et ne donnent à ton esprit que des jouissances ! Adieu.
OCTAVIE. — O mon noble frère !
ANTOINE. — Le mois d’avril est dans ses yeux ; c’est le printemps de l’amour, et ces larmes, la pluie qui favorise son retour. — Consolez-vous.
OCTAVIE. — Seigneur, veillez sur la maison de mon époux, et…
CÉSAR. — Quoi, ma sœur ?
OCTAVIE. — Je vais vous le dire à l’oreille.
ANTOINE. — Sa langue refuse d’obéir à son cœur, et son cœur ne peut exprimer ce qu’il sent à sa langue, comme le duvet du cygne qui flotte sur l’onde à la marée haute, sans incliner ni d’un côté ni de l’autre.
ÉNOBARBUS, à _part, à Agrippa_. — César pleurera-t-il ?
AGRIPPA. — Il a un nuage sur le front.
ÉNOBARBUS. — Ce serait un mauvais signe s’il était un cheval ; à plus forte raison, étant un homme[1].
AGRIPPA. — Pourquoi, Énobarbus ? Antoine rugit presque de douleur lorsqu’il vit Jules César mort, et à Philippes, il pleura sur le corps de Brutus.
ÉNOBARBUS. — Cette année-là, il est vrai, il était incommodé d’un rhume, il pleurait l’homme qu’il aurait de bon cœur détruit lui-même. Crois à ses larmes jusqu’à ce que tu m’aies vu pleurer aussi.
CÉSAR. — Non, chère Octavie, vous recevrez encore des nouvelles de votre frère ; jamais le temps ne vous fera oublier de moi.
ANTOINE. — Allons, seigneur, allons ; je disputerai avec vous de tendresse pour elle. Je vous embrasse ici, et je vous quitte en vous recommandant aux dieux.
CÉSAR. — Adieu, soyez heureux.
- ↑ On dit qu’un cheval a un nuage sur la tête, lorsqu’il a une ligne noire entre les deux yeux. Cet accident de couleur lui donne un air soucieux, et indique un mauvais caractère.