Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 5.djvu/287

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ne sera pas satisfaite avant que nous soyons manche à manche, femme pour femme, ou tout au moins avant que j’aie inspiré au More une jalousie si forte que la raison ne puisse plus la guérir. Pour en venir là, si ce pauvre limier vénitien, dont je tiens en laisse l’impatience, reste bien en arrêt, je mettrai notre Michel Cassio sur le flanc. J’abuserai le More sur son compte de la façon la plus grossière (car je crains Cassio aussi pour mon bonnet de nuit), et je me ferai remercier, aimer et récompenser par le More, pour avoir fait de lui un âne insigne et avoir altéré son repos et sa confiance jusqu’à la folie. (Se frappant le front.) L’idée est là, mais confuse encore. La fourberie ne se voit jamais de face qu’à l’œuvre. (Il sort.)


Scène V.

Une place publique.

Entre le héraut d’Othello portant une proclamation et suivi de la foule.

Le héraut

C’est le bon plaisir d’Othello, notre noble et vaillant général, que tous célèbrent comme un triomphe l’arrivée des nouvelles certaines annonçant l’entière destruction de la flotte turque, les uns en dansant, les autres en faisant des feux de joie, en se livrant chacun aux divertissements et aux réjouissances où l’entraîne son goût. Car, outre ces bonnes nouvelles, on fête aujourd’hui les noces du général. Voilà ce qu’il lui a plu de faire proclamer.